La Tomate noire

La reproduction du système par le vote

by on Avr.15, 2014, under Général

Voter nous est présenté comme étant l’apothéose de la démocratie, mais qu’en est-il vraiment? La grève étudiante de 2012 aurait dû nous démontrer que les élections peuvent être une arme redoutable face aux luttes populaires, mais cette conclusion semble loin d’être partagée par la majorité de la population. Pourtant la démocratie directe qui fleurissait en 2012  a dû céder sa place à la «démocratie» dite représentative et je dirais même que cette dernière a écrasé la première. J’entends le vote comme étant une forme d’abdication de son pouvoir aux dépens de l’élite et donc non seulement voter serait inutile si l’on désire changer les choses, mais ce geste serait même profondément nuisible.

Voter n’est pas un geste banal dans la mesure où ce geste concède une certaine légitimité au gouvernement ainsi qu’à l’ensemble de nos institutions. À quoi bon s’occuper de politique quand d’autres le font déjà à notre place? Et considérant les données fournies par le DGEQ comme quoi 71,21 pour cent des quelques six millions d’électeurs inscrits auraient voté[1], le gouvernement aura beau jeu de rappeler ce fait lorsque les gens descendront dans la rue. On peut bien se plaindre des règles du jeu, mais le fait est qu’une majorité de la population continue d’accepter ces règles et d’imposer ses conséquences à la minorité qui boude les urnes.

Cette minorité est associée à des paresseux et paresseuses, des imbéciles ou des gens qui ne s’intéressent pas à la chose politique. Or, «nos» élus s’occupent d’administration publique et non pas de politique. Le politique ne vit que dans les moments de lutte (Rancière style), moments que l’État ne cesse de réprimer, car la classe dominante ne peut tolérer que les dépossédé-e-s reprennent contrôle de leurs vies. Il en va de la bonne marche de notre société basée sur l’exploitation et de sa reproduction. Et il ne faut pas se leurrer, les élections sont un des mécanismes qui vise à reproduire cette société d’exploitation. Avant le geste de la matraque qui fracasse le crâne, il y a ce geste que l’on pose dans l’isoloir.

Rien est plus paradoxal ici que Québec solidaire, le parti des urnes et de la rue. Les urnes ne peuvent être complémentaires à la rue, car elles en sont la négation même. En effet, la populace ne peut se réclamer comme étant un acteur politique légitime, alors qu’elle concède aux 4 ans cette légitimité aux acteurs compétents, c’est-à-dire aux politiciens et politiciennes professionnel-le-s. La diversité des tactiques c’est bien beau, mais quand une tactique anéantit les efforts d’une autre, peut-on vraiment parler d’actions complémentaires?

Les assemblées générales des étudiants et étudiantes et les assemblées de quartiers devront être réinvesties (je nommerais bien les milieux de travail, mais que faire des centrales syndicales?) si nous désirons dépasser le paradigme de cette société démocratique qui n’a de démocratique que le nom. Mais nous devrons aussi composer avec le fait qu’une bonne majorité de la population aura contribué à construire les murs de notre prison.

 


[1] http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/04/08/elections-2014—taux-de-participation-de-272–a-11-h-30-selon-le-dge_n_5106050.html


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