La Tomate noire

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Propagande

by on Mai.22, 2015, under Général

«The conscious and intelligent manipulation of the organized habits and opinions of the masses is an important element in democratic society. Those who manipulate this unseen mechanism of society constitute an invisible government which is the true ruling power of our country.

We are governed, our minds are molded, our tastes formed, our ideas suggested, largely by men we have never heard of. This is a logical result of the way in which our democratic society is organized. Vast numbers of human beings must cooperate in this manner if they are to live together as a smoothly functioning society.» Edward Bernays, Propaganda.

Décédé à l’âge de 103 ans en mars 1995, Bernays est né à Vienne et a grandi à New-York avant de s’installer à Cambridge avec sa femme et partenaire dans ses travaux, madame Doris E. Fleischman. Neveu de Sigmund Freud, il serait l’un des premiers à avoir développé l’idée de changer l’opinion et le comportement du public, à une époque où ce concept se réduisait aux agences de presse et l’effort mis en place pour modifier des politiques gouvernementales. Son œuvre principale, dont je ferai un bref résumé ici, s’intitule Propaganda.

Publié en 1928, Propaganda est considéré par Noam Chomsky comme étant le manuel principal de l’industrie des relations publiques. Bernays serait en quelque sorte le gourou des adeptes de cette sphère d’activité. Bien que le document date un peu et que les techniques de propagande ont forcément évolué depuis la publication de l’ouvrage, je pensais qu’il serait intéressant de revenir sur un des ouvrages ayant marqué la naissance des relations publiques. Le livre serait en bonne partie fondé sur les leçons apprises lors de la Première Guerre mondiale.

Bernays affirme que dans presque tous nos actes quotidiens, que ce soit en politique ou en affaire, dans notre conduite sociale ou notre pensée éthique, nous sommes dominé-e-s par un nombre relativement limité de personnes. Ce serait la minorité qui comprend les processus mentaux et les tendances sociales des masses qui gouvernerait au dépend de la majorité. Bien qu’en théorie chaque citoyen et citoyenne soit en mesure de voter librement, nous nous serions entendus pour des raisons pratiques à ce que la machine des partis réduise le nombre de candidats et de candidates en liste à deux, voir peut-être à trois ou quatre individus tout au plus.

Bernays prétend que nous avons convenu volontairement, toujours pour simplifier notre vie, de laisser un gouvernement invisible filtrer l’information pertinente et les enjeux importants pour le public afin de limiter nos choix dans des proportions jugées raisonnables. La civilisation devenant de plus en plus complexe et le besoin grandissant d’un gouvernement invisible s’accompagnent par l’arrivée de nouveaux moyens techniques pour contenir l’opinion publique. Les journaux, le téléphone et la radio permettaient désormais de répandre instantanément l’information souhaitée rapidement à travers un vaste territoire.

Le gouvernement invisible dont parle Bernays est né à partir du moment où la bourgeoisie a pris la place des rois et de l’aristocratie. Avec la mise en place du suffrage universel et de l’éducation de masse, la bourgeoisie commençait à avoir peur du pouvoir populaire, car les masses menaçaient de la détrôner éventuellement. En réaction à cette possibilité, la minorité a découvert un mécanisme puissant pour influencer la majorité. Il a été démontré qu’il était possible d’orienter la pensée de la majorité dans la direction désirée, permettant ainsi à la minorité au pouvoir de contenir l’influence grandissante des masses populaires. Que ce soit en politique, en finance, dans le domaine manufacturier, en agriculture, dans les œuvres de charité ou en éducation, la propagande est le bras armé du gouvernement invisible. Bernays défini la propagande moderne comme étant un effort consistant pour créer ou former des évènements dans le but d’influencer les relations du public par rapport à une entreprise, un groupe ou une idée.

La propagande est universelle et continuelle. Dans sa somme totale, celle-ci encadre l’opinion du public aussi bien qu’une armée contrôle le corps de ses soldats. C’est le succès retentissant de la propagande durant la guerre qui a donné l’idée à la minorité «éclairée» d’appliquer une approche similaire en temps de paix. Bernays s’attarde au monde des affaires, à la politique, aux groupes de femmes, à l’éducation, aux services sociaux, à l’art et à la science. La propagande serait l’instrument permettant de maintenir l’ordre et d’ainsi éviter le chaos.

Bernays a contribué à former les relations publiques en favorisant le recours à l’approbation des leaders d’opinion, aux célébrités, aux docteurs et autres «experts» pour renforcer les arguments que ses clients voulaient mettre de l’avant. Il a également préconisé l’utilisation de sondages ainsi que la publication des résultats d’enquêtes et d’expériences pour renforcer la position ou les produits défendus par ses clients. Bernays fut essentiel pour rendre acceptable le fait que les femmes puissent fumer en public. En effet, il a supporté des démonstrations publiques, pour le bénéfice de la American Tobacco Company et des cigarettes Lucky Strike, où des débutantes étaient invitées à «s’en allumer une» rassemblées au coin des rues. Les cigarettes étaient même appelées «torches de la liberté». Bernays considérait que c’était une façon pour les femmes de démontrer qu’elles étaient égales aux hommes et illustrait le chemin parcouru par celles-ci depuis la naissance du mouvement des suffragettes. C’est du moins de cette manière que la propagande qu’il mit de l’avant opérait. Un autre de ses exploits a été de promouvoir le savon Ivory et de rendre le fait de prendre son bain plus populaire auprès des enfants en formant un panel national de sculptures miniatures, qui pendant des années organisa des compétitions de gravures dans le savon.

Rappelons que Bernays et Walter Lippman étaient tous les deux membres du comité sur l’information publique du gouvernement américain, qui réussit à convaincre une population jusque là isolationniste à supporter l’entrée en guerre, de leur gouvernement lors de la Première Guerre mondiale. Il sera également instrumental dans la campagne pour renverser le gouvernement élu du Guatemala. Son influence s’étend bien au-delà de l’ère suivant la Deuxième Guerre mondiale. Ses écrits dans les années 1940 et 1950 devaient aider à éduquer les leaders politiques quant à l’utilisation des médias de masse, en particulier en ce qui concerne l’emploi avantageux de symboles visuels pour produire ce qu’il définissait comme étant la «production du consentement» (engineering of consent). Bernays considérait le public comme étant somme toute assez bête. Un expert en relations publiques fait partie de la minorité intelligente et son rôle est de conseiller son client pour savoir comment aborder les masses, par l’usage de la psychologie. Dans une entrevue accordée peu avant sa mort, il se désole que le public ait acquis une conscience sociale, rendant ainsi plus ardue l’exploitation des masses laborieuses.

Je n’ai fait ici qu’un bref survol de Propaganda et tracé un portait très sommaire à propos d’Edward Bernays. Ceux et celles qui voudraient en savoir davantage sont invité-e-s à consulter l’œuvre de Bernays et à poursuivre leurs propres recherches sur ce personnage peu connu du grand public, mais fascinant. J’aimerais ultérieurement revenir sur le rôle que joue aujourd’hui la propagande dans nos sociétés dites démocratiques (elles n’en portent que le nom) et donner des exemples concrets quant à son application.

http://www.historyisaweapon.com/defcon1/bernprop.html

https://www.nytimes.com/books/98/08/16/specials/bernays-obit.html

http://thesocietypages.org/socimages/2012/02/27/torches-of-freedom-women-and-smoking-propaganda/

http://www.beyond-the-pale.co.uk/bernays.htm

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Lorsque poser des questions devient un crime de la pensée

by on Jan.19, 2015, under Général

Les attentats commis en France dernièrement doivent être remis dans leur contexte plus large, soit leur contexte historique et politique. Autrement, on tombe vite dans le discours officiel simpliste qui voudrait que des «fous de Dieu» aient attaqué la République et notre liberté d’expression. Un peu comme dans Star Wars, une telle analyse place l’Occident du côté des gentils et les groupes terroristes combattant au nom de l’Islam du côté des méchants. Un peu comme le fait Marc-Andé Cyr[1] dans un article paru dans le Voir il y a quelques temps, j’aimerais ici revenir sur le rôle de l’Occident quant à la montée de ces groupes terroristes que nos dirigeants sont supposés combattre aujourd’hui. J’admets cependant aller un peu plus loin que ce dernier vers la fin de mon billet. En effet, je me réserve le droit de remettre en question la version officielle des évènements tels qu’ils nous ont été rapportés par les médias de masse, qui eux ne font que reprendre les informations fournies par les autorités en place. Alors que ce droit de soulever des questions est menacé en ce moment, il est impératif que ceux et celles qui ont des doutes par rapport à ce qui nous est dit puissent s’exprimer librement.

Tout d’abord, selon les propres dires d’Hilary Clinton, les États-Unis sont responsables de la création d’Al-Qaïda : http://youtu.be/Dqn0bm4E9yw.
Officiellement, le but était donc de repousser l’U.R.S.S. d’Afghanistan, mais un des principaux adjoints du Président Carter nous apprend au cours d’une entrevue que l’appui des États-Unis aux moudjahidines précède l’invasion de l’Afghanistan, invasion qui était donc désirée pour des motifs stratégiques [2]. Brzezinski y est très clair et considère que la chute de l’U.R.S.S. et la fin de la guerre froide étaient des objectifs plus importants aux yeux de l’Histoire que la montée en puissance de «quelques terroristes musulmans». Ces derniers devaient nous hanter le 11 septembre 2001, qui marque le début de la guerre contre le terrorisme, une guerre qui semble sans fin et qui ne semble pas déplaire à l’élite. Les États-Unis devaient par la suite envahir l’Afghanistan pour renverser les dirigeants qu’ils avaient contribué à amener au pouvoir puis deux années après venait le tour de l’Irak, bien qu’aucun lien avec le 11 septembre n’ait jamais été démontré. On n’y trouvera jamais non plus ces fameuses armes de destruction massive, principal prétexte mis de l’avant pour bombarder et envahir l’Irak en 2003.

Les choses ne s’améliorent pas lorsque l’on regarde du côté d’ISIS et de ses origines. De l’aveu même d’un ex haut gradé de l’armée américaine, l’Occident a contribué à la fondation d’ISIS en fournissant des armes à certains «rebelles» en Lybie pour renverser Kadhafi et en Syrie dans le but de combattre Assad : https://www.youtube.com/watch?v=Z_zf7GPQqxU. Encore une fois, on défend l’indéfendable sous prétexte que la fin justifie les moyens. Il n’est pas clair non plus que l’Occident ne supplémente plus ISIS en armes, si l’on se fie à certaines vidéos qui nous ont été rapportés : https://www.youtube.com/watch?v=gJlF7usHNss. La majorité n’y verra que de l’incompétence, mais plus on se demande à qui profite le terrorisme, plus il nous est permis d’en douter.

En effet, le délire sécuritaire qui suit les attentats[3] était prévisible et on peut penser qu’il était désiré depuis longtemps par l’élite. Maintenant que la France a subi des attaques sur son territoire, qui osera remettre en question le projet de loi antiterroriste adopté cet été par la France[4] ? Une chasse aux sorcières est lancée et toute personne qui ne se reconnaît pas dans ce nous que nos dirigeants veulent nous imposer est susceptible d’être traquée : https://www.youtube.com/watch?v=qc03SlaK_KA. On nous dit que la gauche doit accepter la militarisation de la police et ce n’est pas différent de ce côté ci de l’Atlantique : https://www.youtube.com/watch?v=nwbB–Uiw3Q .

Ce qui est plus difficile encore pour la population, en dehors de situer les évènements dans leur contexte plus large et avec plus de recul, c’est de remettre en question la version officielle des attentats, version fournie par les autorités en place et relayée par les médias de masse sans filtre critique. Si j’ai utilisé des sources officielles dans mon billet, ce n’est pas parce qu’on doit toujours s’y fier, mais bien parce que les gens accordent encore aujourd’hui plus de poids aux autorités «compétentes». Bien sûr, il arrive à celles-ci d’admettre certains faits où elles paraissent mal, mais c’est souvent des années après les évènements où celles-ci nous fourniront des informations qu’elles contestaient encore la veille. Sur le coup, elles nieront en bloc les informations provenant des médias alternatifs et de sources jugées moins crédibles et le public sera passé à autre chose quand il sera devenu inutile de cacher la vérité plus longtemps.

Revenons maintenant sur les évènements des dernières semaines. Ainsi donc, on nous rapporte que les terroristes auraient laissé derrière eux une carte d’identité, bien que tout le reste de l’opération ait été exécutée de manière très professionnelle :https://www.youtube.com/watch?v=dTRaRdtS0Wo. Ce n’est pas sans rappeler les passeports qui avaient été retrouvés à la suite des attentats du 11 septembre 2001, ceux-ci semblant encore plus résistants que les boîtes noires des appareils. Dans les deux cas, les «preuves» nous ont été présentées, alors que l’émotion et le choc ne s’était pas dissipée parmi la population. Celle-ci ne s’est pas arrêtée sur les détails de la trame narrative des évènements et ne semblait pas en mesure de relever les éléments plus suspects qui nous ont été présentés comme étant des faits avérés.

De plus, les médias de masse se sont peu arrêtés sur le cas d’un des suspects qui s’est remis lui-même à la police après avoir vu circuler son nom à la télé, disant avoir des alibis en béton. Celui-ci sera relâché peu de temps après, son innocence ne faisant plus aucun doute [5].Si une erreur de la sorte a pu être commise en ce qui concerne ce suspect, la République a-t-elle véritablement abattu les bons hommes? Il n’y aura pas de procès, donc ces derniers ne pourront ni se défendre, ni nous livrer leur version des faits. La population voulait des noms et des coupables. Les autorités leur en ont fourni en peu de temps, la question de leur innocence possible étant reléguée aux oubliettes.

Autre fait troublant peu mentionné par les médias, un enquêteur qui était penché sur cette affaire s’est suicidé lors de la rédaction de son rapport[6]. Celui-ci pourrait bien être tombé sur des éléments incriminant des gens qui préfèrent rester dans l’ombre. Tout ce qui ne s’emboîte pas parfaitement dans la trame narrative officielle est laissé de côté et seul-e-s des débiles oseront évoquer ce qui n’est pas largement diffusé par les médias de masse. C’est du moins la perception la plus répandue parmi le public. Le public ignore à quel point l’Occident est lui-même mêlé au financement et à l’armement de groupes terroristes et je pense que ce rôle ne s’arrête pas là. Les hommes qui sont désormais morts n’ont pas forcément agi seuls. Qui nous dit que les services secrets ne sont pas aussi dans le coup, les trois hommes abattus n’étant destinés qu’à prendre le blâme en lieu et place des autres coupables? L’hypothèse que ces derniers n’ont rien ou peu à voir avec les évènements tragiques qu’a connus la France ne peut être rejetée pour le moment. Pas si nous tenons à y voir plus clair dans ce qui s’est passé. Puis même s’il devait s’avérer exact que ceux-ci s’identifiaient à des groupes terroristes, cela ne veut pas dire qu’ils ont fait le coup de A à Z comme le laisse entendre la version rapportée par les médias de masse.

Et si la gauche se contente de retourner dans le passé des deux suspects pour pointer du doigt l’exclusion et la pauvreté pour expliquer ce qui a poussé ces trois hommes à agir, elle les condamne tout de même du même coup. Elle accepte également la version officielle des évènements, ne faisant que remplacer l’image des «fous de Dieu» par celle d’exclus de la société. Il est évident que nous devons lutter contre la pauvreté et l’exclusion, mais rien nous dit que cette histoire ne se résume qu’à cela. S’il est encore trop tôt pour blâmer les services secrets français d’être mêlés à tout ça, pourquoi ne serait-il pas aussi trop tôt pour condamner les frères Kouachi et Coulibaly?

Une chose est sûre à mon sens, ce ne sont certainement pas les musulmans et musulmanes qui bénéficieront de ces attaques, mais bien nos dirigeant-e-s, si prompt-e-s ici à se porter au secours de la liberté d’expression, eux et elles qui sont généralement silencieux et silencieuses en ce qui concerne nos droits à longueur d’année.

Je sympathise bien sûr avec les victimes de l’attentat, mais l’émotion ne devrait pas nous empêcher de réfléchir.
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1 http://voir.ca/marc-andre-cyr/?p=433&preview=true&preview_id=433
2 http://www.liveleak.com/view?i=a13_1240427874
3 http://www.reuters.com/article/2015/01/12/us-france-shooting-idUSKBN0KK05S20150112
4 http://www.hrw.org/fr/news/2014/10/10/france-le-projet-de-loi-antiterroriste-constitue-une-menace-pour-les-droits-humains
5 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1304429-hamyd-mourad-associe-a-la-tuerie-de-charlie-hebdo-le-fail-d-une-presse-irresponsable.html
6 http://21stcenturywire.com/2015/01/10/new-twist-charlie-hebdo-lead-investigator-turns-up-dead-suicided/.

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L’itinérance n’est qu’un des nombreux symptômes d’une maladie pernicieuse

by on Déc.14, 2014, under Général

La lutte contre l’itinérance n’est pas la cause la plus sexy à défendre et peu de militantEs y consacrent leur temps. Il me semble que c’est un sujet peu abordé dans le milieu anarchiste, plus enclin à se pencher sur les luttes syndicales et les conflits de travail. Il existe différents comités de logement à travers la ville de Montréal, mais la question de l’itinérance n’est pas forcément abordée de front. Le Québec est désormais doté d’une politique nationale en itinérance depuis le début de l’année 2014 et on peut remercier les groupes communautaires de s’être mobilisés autour de cette question pendant des années. Cela dit, ça ne veut pas dire qu’il y aura assez de sous et de ressources pour contrer la montée de l’itinérance en milieu urbain, surtout en période d’austérité. Avec les récentes mesures annoncées par le gouvernement du Québec, on peut craindre le pire quant à cette problématique, comme pour bien d’autres. Par exemple, certaines jeunes femmes pourraient être tentées de se tourner davantage vers la prostitution, alors que d’autres individus iront vers le vol à l’étalage, si ce n’est pas le vol à main armée ou l’invasion de domiciles. Un contexte économique difficile engendre forcément un contexte social difficile.

L’itinérance n’est que le symptôme d’un système qui est profondément malade et non pas la maladie en soi. Des logements aux coûts qui grimpent sans cesse, un marché du travail de plus en plus difficile et les salaires qui ne suivent pas l’inflation, tout ça fait en sorte qu’on se retrouve avec plus d’itinérantEs. Dans un contexte d’austérité où l’on coupe un peu partout dans les services offerts à la population, je vois mal comment le gouvernement pourrait lutter efficacement pour contrer l’itinérance, politique nationale ou pas. Clairement, cet enjeu ne fait pas partie des priorités du gouvernement actuel, ni des précédents.

L’État-providence ne fut qu’un mirage qui a endormi les syndicats et le reste de la société civile. Les acquis d’hier sont réduits en miettes aujourd’hui et le capitalisme «à visage humain» cède sa place au capitalisme sauvage. On doit s’attendre à une montée du chômage, à une nouvelle récession et malheureusement, à plus d’itinérantEs dans nos rues. L’arrivée de l’hiver sera très dure pour plusieurs Québécois et Québécoises puis comme le capitalisme est un système international, le même fléau fera des ravages dans plusieurs villes du monde.

Peu importe la cause qui nous tient à cœur, on doit regarder l’ensemble du portrait pour comprendre comment trouver une solution à notre problème. L’itinérance ne fait pas exception à cette vision des choses. Il est difficile voire impossible à mon sens de combattre l’itinérance sans combattre le capitalisme. Nos politiciens et politiciennes font semblant de se préoccuper de la question de l’itinérance (Denis Coderre est allé faire son tour à la Nuit des sans-abri il y a quelques semaines), mais qu’en est-il réellement? Tout ça me semble n’être que de la poudre aux yeux et je vois très mal comment on pourrait changer les choses de l’intérieur. Voilà aussi pourquoi je suis anarchiste. Une véritable démocratie ne laisserait pas ses citoyens et citoyennes crever dans les rues. Une véritable démocratie veillerait à la redistribution de la richesse parmi la population et voilà pourquoi ceux et celles qui nous dirigent ne sont pas de réels démocrates. Leurs paroles ne sont que du vent, les gestes ne viendront jamais avec eux. Ils et elles travaillent pour leurs maîtres pendant que la population cautionne le tout dans l’isoloir. Remarquez cependant que les gens se déplacent de moins en moins le jour de la mascarade et que le vent est peut-être en train de tourner.

J’applaudis le travail acharné des groupes communautaires, mais si nous voulons régler le problème de l’itinérance, nous avons besoin de rien de moins qu’une révolution. Autrement, on n’avancera pas et on ne fera qu’apposer un diachylon sur une plaie béante, un peu comme le problème de la prostitution, qu’on ne peut régler à coups de lois au sein du système capitaliste.

Je suggère donc ici à la population de changer de remède.

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Désarmer avec un sourire

by on Nov.10, 2014, under Général

Il y a quelques temps que j’ai ce texte en tête et d’une certaine manière, il fait un peu écho à celui qu’a écrit pwll il y a quelques semaines. Cela dit, il est beaucoup plus introspectif et se veut une réflexion tout à fait personnelle par rapport à la violence et au politique. Plus précisément, je souhaite revenir sur une période de ma vie dont je tiens aujourd’hui à me distancer, parce que je ne m’y reconnais plus et que je sais à quel point la vision que j’avais à cette époque peut s’avérer être un désastre pour ceux et celles qui aspirent à une société plus juste. Loin d’être une apologie de la violence et du meurtre, mon texte se veut une invitation à sortir du cercle de la violence, qui dévore autant la personne qui est ciblée par l’acte que la personne qui le commet.

 

Si je suis passé du pseudonyme Bakouchaïev sur mon ancien blog au pseudonyme Bakou sur La tomate noire, c’est bien pour remettre en question ma phase nihiliste, qui heureusement n’a pas donné lieu à des dérapages majeurs. La composition de Bakouchaïev fait référence à Bakounine et à Netchaïev. Si Bakounine s’inscrit dans l’anarchisme du 19e siècle, c’est à la mouvance des nihilistes russes que l’on doit classer Netchaïev. J’ai pensé à une certaine époque que le mouvement anarchiste était trop mou et que la stratégie d’intégrer les mouvements sociaux réformistes dans le but de les radicaliser entraînait tout l’effet contraire escompté par les anarchistes. Loin de radicaliser les groupes réformistes, ce sont les groupes réformistes qui réduisent la portée du message défendue par les anarchistes. À la suite de ce constat, j’ai voulu me démarquer de mes camarades anarchistes en intégrant le nihilisme à mes principes anarchistes, que je voyais comme étant le remède idéal pour préserver mes aspirations du piège réformiste. Si je pense toujours que la stratégie d’intégrer les mouvements réformistes pour les radicaliser est vouée à l’échec, je vois bien aujourd’hui que le nihilisme n’est qu’un piège de plus pour toute personne désirant changer les fondements de notre société, la violence étant le terrain de jeu privilégié de l’État.

 

Avec le recul, disons que j’étais bien plus dépressif que nihiliste à l’époque. Cette condition première m’a mené aux idées politiques défendues par les nihilistes russes. Par la suite, c’est en constatant que la majorité des auteurs des fusillades que nous voyons dans les nouvelles correspondaient au même profil que j’avais à mon époque nihiliste, c’est-à-dire des jeunes hommes au début de la vingtaine vivant toujours chez leurs parents et/ou étant isolés du reste de la société, que je me suis remis de plus en plus en question. Leur violence m’est apparue comme étant tout à fait irrationnelle et contreproductive. Or, j’ai moi-même eu des idées morbides par le passé et je suis bien content d’avoir pu me ressaisir. L’anarchisme et la mise en place d’une société basée sur des rapports égalitaires se veut la fin de toute violence. L’atteinte de cet objectif commence par soi-même.

 

Il n’y a rien de plus frustrant que d’être incompris et isolé, mais le déferlement de la violence ne peut être une solution à nos problèmes. Je pense encore, malgré les embûches que cela comporte, que nous devons briser notre isolement et nous organiser sur une base horizontale afin d’instaurer des rapports révolutionnaires au sein d’une société qui se meurt.

 

Condamner et repousser des gens aux idées noires est peut-être compréhensible, mais c’est en agissant ainsi que notre société créée des monstres. Je condamne toute forme de massacre, mais je peux comprendre la détresse et la perte de contrôle que certains et certaines ont pu ressentir à une période de leur vie. Avant qu’un individu ne dérape, ce n’est pas tant de critique qu’il a besoin, mais de compréhension. Et pourquoi pas, peut-être un peu d’amour ?

 

Comprendre un individu ne revient pas à justifier toutes ses actions ou toutes ses pensées. C’est seulement une manière de se mettre à sa place, de comprendre sa souffrance et dans le cas de mon billet, de lui fournir une alternative au passage à l’acte de ses idées noires. L’écriture et l’art peuvent être des portes de sorties, tout comme l’engagement social dans le but de fonder une société plus juste. Mais si nous continuons collectivement à jeter la pierre à ces laisséEs pour compte sans chercher à comprendre, nous ne règlerons jamais le problème. Il s’agit selon moi d’un problème collectif et celui-ci requière une solution collective.

 

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Cher Charles

by on Oct.08, 2014, under Général

Publié chez Sabotart, 2014.

 

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L’oeuvre est en fait une lettre qui est écrite par Nicolas sous forme de B.D. et s’adresse à Charles, prisonnier politique. Nicolas et Charles se sont connus dans le cadre des manifestations contre le G20 tenues à Toronto en 2010. Plus précisément, leur première rencontre remonte à leur arrestation commune, alors qu’ils et elles étaient une centaine de militantEs à dormir dans le gymnase de l’université de Toronto. Si Nicolas n’écope pas de charges, Charles s’en tire moins bien avec sept mois de détention. Nicolas nous relate sa relation avec Charles avant l’entrée de ce dernier en prison, se remémorant leurs discussions à propos d’Antonin Artaud, leur visite au Salon du livre anarchiste de Montréal de 2011, les soirées à micro ouvert où Charles lisait des passages de bouquins de manière aléatoire, la récupération de nourriture qu’ils pratiquaient à deux, etc.

Nicolas écrit cette lettre devant le manque de solidarité qu’il constate d’une partie de l’entourage de Charles et du portrait réducteur que les médias ont tracé de l’activiste. La B.D. veut d’abord et avant tout nous montrer qui est véritablement ce prisonnier politique, qu’on ne peut réduire à un simple voyou, si ce n’est pas à un terroriste dans certains cas. C’est donc une réflexion sur la violence que mène Nicolas, soulignant que la violence du système est bien plus grande que les gestes de vandalisme que reconnaît avoir commis Charles à Toronto. C’est cette violence systémique que combattent Charles et l’auteur de la B.D., qui ne saisit pas que des victimes du système financier et de la police peuvent se désolidariser de Charles. Cela amène Nicolas à avoir des discussions fictives avec des personnalités et des personnages qui font leur apparition dans la B.D.

Dans le cas de Gandhi, Nicolas souligne que les imagistes utilisent le célèbre militant de la non-violence afin de jouer la carte de la victimisation pour promouvoir leur cause. L’auteur de la B.D. dénonce également au passage l’hypocrisie des paci-flics qui citent Gandhi tout en faisant la job de bras des policiers en s’en prenant physiquement aux casseurs dans les manifestations, phénomène qui s’est propagé lors de la grève étudiante de 2012. Nicolas nous rappelle également que la résistante en Inde coloniale était loin d’être uniquement pacifique, message que les apôtres de la non-violence ne semblent pas vouloir entendre.

Réfoman fait également une apparition dans la BD., un personnage qui veut «apporter de légers ajustements au système sans le détruire». Celui-ci justifie le travail des policiers qui ne font qu’obéir aux ordres, ordres qui proviennent de nos élus que l’on peut remplacer démocratiquement si l’on prend la peine de voter aux quatre ans. Ce discours rappelle à Nicolas le régime nazi où l’on suivait également les ordres d’un parti qui initialement, a pris le pouvoir par la voie démocratique. Nicolas considère que brûler une voiture de police est légitime, dans la mesure où celle-ci fait partie de l’appareil de répression étatique qui maintient les inégalités en place. Réfoman y voit plutôt une mauvaise façon de s’exprimer dans une société démocratique (il adore ce mot), d’autant plus que ce sont les citoyens et les citoyennes qui paient la facture avec leurs impôts. Contrairement à Réfoman, Nicolas n’accorde pas la même importance au vote et au poids de la majorité, ce processus ne rendant pas l’injustice plus légitime en soi. C’est en somme l’inefficacité du réformisme et du pacifisme qui mènent Nicolas et Charles sur la voie du vandalisme, jugée plus salutaire.

Nicolas nous fait voir un côté de Charles que la population en général ignore quand il est question de militantEs ayant commis du vandalisme, les médias réduisant ces derniers et ces dernières à de simples casseurs. On y découvre son côté altruiste et utopiste, distribuant des fruits et des câlins aux inconnuEs, pratiquant la récupération de nourriture et étant impliqué dans des projets de jardins collectifs. C’est un jeune homme au grand cœur que nous découvrons, amant de la musique, de la danse et de la poésie. Je ne doute pas que Charles a agi ainsi parce qu’il est une bonne personne, mais on retrouve un biais favorable à la casse dans cette B.D. ainsi que l’utilisation d’actions plus violentes et ce aux dépens de méthodes que l’auteur juge moins radicales. J’ai conscience qu’une institution financière ne peut être comparée à mon voisin et qu’il est tout à fait injuste qu’une poignée de dirigeants décident du sort de l’humanité, mais je me pose des questions par rapport à l’efficacité du vandalisme pour faire avancer la cause révolutionnaire (personnellement, je ne considère pas que le bris d’une vitrine constitue de la violence. Au mieux on peut parler de violence symbolique. Le problème est que ce geste sera associé à de la violence par plusieurs et force est d’admettre qu’il émane d’une colère et d’une frustration que je comprends tout à fait, mais qui peut mener à des gestes qui me semblent contre-productifs. Au lieu d’expliquer quel est notre projet de société aux gens, on est pris à expliquer le sens de ces actions à la population, qui autrement pourrait très bien sympathiser avec nos objectifs).

Je pense entre autres à cette image de magicien qui tente de détruire le capitalisme et l’État en récitant des formules magiques devant son chaudron. Hors du vandalisme, point de salut? En quoi le vandalisme serait-il une menace pour le capitalisme et l’État? Au contraire, celui-ci ne pourrait-il pas justifier la répression étatique et éloigner les foules des messages plus radicaux? L’auteur laisse entendre que sa B.D. n’est pas qu’une œuvre, mais bien un appel aux armes. Pourquoi pas un appel à l’action à la suite d’une prise de conscience? L’État est très bien positionné pour faire face à une lutte armée, qui ne risque pas de rallier les foules. La non coopération avec le système et une résistance plus réfléchie me semblent davantage porteuses d’espoir. L’auteur de la B.D. est ambigu en ce qui concerne la non coopération envers le système. Il reconnaît une certaine validité à la philosophie de Gandhi qui prônait aux gens d’être le changement qu’ils désirent voir dans le monde, mais il semble juger que cette méthode ne peut avoir d’emprise si elle n’est pas reprise par un nombre significatif d’individus. On sent une certaine impatience chez l’auteur qui l’amène à rejeter cette option, mais c’est pourtant la non coopération et la désobéissance civile qui auraient permis de freiner le régime nazi. C’est sur ce terrain que semble amené l’auteur au moment de sa discussion avec Réfoman, personnage prônant pour sa part le respect des lois et des institutions. Dans le contexte du régime nazi, qui nierait que la désobéissance civile aurait pu être efficace afin d’éviter l’horreur? Le vandalisme et la lutte armée n’auraient vraisemblablement rien changé, bien que certains et certaines pourraient juger que la prise des armes dans ce cas précis était louable, voir nécessaire.

Il est clair que la désobéissance civile doit rejoindre un nombre significatif d’individus, mais n’est-ce pas le cas pour n’importe quelle méthode employée par les révolutionnaires? Et si l’on désire que cette méthode devienne un jour populaire, ne devons-nous pas commencer à la prôner soi-même dans notre vie, ce qui est l’essentiel du message de Gandhi? J’ai conscience que son message a été détourné de son sens originel et qu’il est bien mal représenté par les paciflics et les imagistes de ce monde, mais nous devrions réfléchir davantage avant de rejeter toute forme de résistance non-violente, surtout si ces méthodes sont associées à des caricatures de ce qu’elles pourraient être dans les faits.

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Ce n’est pas illogique d’espérer

by on Août.20, 2014, under Général

Les problèmes que l’humanité doit  affronter  s’accumulent et la montage qui se trouve devant nous peut parfois nous sembler insurmontable. Il n’est pas surprenant dans ce cas qu’il soit si difficile pour ceux et celles qui rêvent d’un monde meilleur de garder espoir. Que l’on pense à l’occupation israélienne de la Palestine, aux politicien-ne-s corrompu-e-s (c’est presque un pléonasme), à l’appauvrissement généralisé de l’ensemble de la population, aux nombreux viols qui surviennent chaque jour dans le monde et aux nombreux problèmes environnementaux qui menacent sérieusement la survie de l’espèce humaine sur cette Terre, ce ne sont pas les raisons de broyer du noir qui manquent à l’individu conscient. Pourtant, il est nécessaire de poursuivre la lutte et de ne pas abandonner devant l’adversité. Autrement, la vie perdrait son sens et les raisons de quitter le navire en emporteraient plus d’unE. Plusieurs nous ont quitté déjà, ne faisant ainsi qu’ajouter leur propre démission à la misère globale du monde.

 

Garder espoir est donc nécessaire, si ceux et celles voulant transformer radicalement cette société malade aspirent à la victoire. Les échecs et les défaites se comptent par milliers dans notre camp, mais le passé n’est pas toujours garant de l’avenir. Déjà, l’information circule de plus en plus librement dans notre société et ce grâce à l’arrivée puis au développement d’Internet. Les gens se mobilisent un peu partout dans le monde et prennent conscience de leur exploitation. On peut penser ici au printemps arabe, aux mouvements occupons ou plus près de nous, à la grève étudiante que nous avons connu au Québec en 2012. Certes, ces mouvements de protestation ne sont pas sans reproche et les gains obtenus peuvent sembler très minces, voir inexistants. Toutefois, ils témoignent d’un éveil politique chez la population et ils constituent une base à partir de laquelle nous pouvons fonder l’espoir d’un avenir meilleur pour les prochaines générations.

 

Voir les choses de manière positive n’est pas chose aisée en ce début de XXIe siècle, mais le pouvoir qui nous oppresse ne tient pas toutes les meilleures cartes dans ses mains. Nous avons le nombre de notre côté et plus nous le réaliserons, plus notre victoire sera non seulement possible, elle sera inévitable. Et ça, nos dirigeants le savent très bien. Ce n’est pas pour rien que l’État militarise sa police à une vitesse aussi vertigineuse. La classe dirigeante voit bien que les gens se réveillent peu à peu et sa seule option est d’écraser le soulèvement du peuple avant qu’elle ait complètement perdu son emprise. Pensez-y bien. Plus de 99% de la population subit l’exploitation et le contrôle venant de moins d’1% des habitants et des habitantes de la planète. Lorsqu’un nombre significatif de gens en auront pris conscience et qu’ils cesseront de coopérer avec la construction de leur propre prison, la partie sera terminée pour les exploiteurs de ce monde.

 

Personne n’a dit que changer le monde était chose facile. Il ne faudrait pas non plus tomber dans la naïveté et les romans à l’eau de rose. Le portrait que je dresse de la société est assez sombre en général et me semble aussi assez réaliste. Mais si la route vers la victoire est parsemée d’embûches et que le chemin à parcourir s’annonce pénible, je suis sincère quand j’écris que je pense réellement que nous pouvons gagner notre combat historique envers nos tortionnaires. Ils ne sont après tout qu’une poignée de parasites. C’est parce que nous oublions facilement tout cela que nous songeons à jeter l’éponge. Et franchement, si moi je peux en arriver à voir les choses de cette façon, envisager des jours meilleurs est quelque chose qui devrait être accessible à tous et toutes.

 

Ce n’est pas du délire et ce n’est pas une fausse promesse. Tout part d’une attitude. Et de cette attitude, le reste suivra. Ensuite, chacun et chacune est libre de contribuer à notre future victoire à sa façon. Mais une chose est sûre : nous verrons la lumière au bout du tunnel. Ensemble, nous abattrons ces maîtres qui nous tordent le cou et nous reprendrons le contrôle de ce navire qui vogue à la dérive.

 

Ensemble.

 

 

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La reproduction du système par le vote

by on Avr.15, 2014, under Général

Voter nous est présenté comme étant l’apothéose de la démocratie, mais qu’en est-il vraiment? La grève étudiante de 2012 aurait dû nous démontrer que les élections peuvent être une arme redoutable face aux luttes populaires, mais cette conclusion semble loin d’être partagée par la majorité de la population. Pourtant la démocratie directe qui fleurissait en 2012  a dû céder sa place à la «démocratie» dite représentative et je dirais même que cette dernière a écrasé la première. J’entends le vote comme étant une forme d’abdication de son pouvoir aux dépens de l’élite et donc non seulement voter serait inutile si l’on désire changer les choses, mais ce geste serait même profondément nuisible.

Voter n’est pas un geste banal dans la mesure où ce geste concède une certaine légitimité au gouvernement ainsi qu’à l’ensemble de nos institutions. À quoi bon s’occuper de politique quand d’autres le font déjà à notre place? Et considérant les données fournies par le DGEQ comme quoi 71,21 pour cent des quelques six millions d’électeurs inscrits auraient voté[1], le gouvernement aura beau jeu de rappeler ce fait lorsque les gens descendront dans la rue. On peut bien se plaindre des règles du jeu, mais le fait est qu’une majorité de la population continue d’accepter ces règles et d’imposer ses conséquences à la minorité qui boude les urnes.

Cette minorité est associée à des paresseux et paresseuses, des imbéciles ou des gens qui ne s’intéressent pas à la chose politique. Or, «nos» élus s’occupent d’administration publique et non pas de politique. Le politique ne vit que dans les moments de lutte (Rancière style), moments que l’État ne cesse de réprimer, car la classe dominante ne peut tolérer que les dépossédé-e-s reprennent contrôle de leurs vies. Il en va de la bonne marche de notre société basée sur l’exploitation et de sa reproduction. Et il ne faut pas se leurrer, les élections sont un des mécanismes qui vise à reproduire cette société d’exploitation. Avant le geste de la matraque qui fracasse le crâne, il y a ce geste que l’on pose dans l’isoloir.

Rien est plus paradoxal ici que Québec solidaire, le parti des urnes et de la rue. Les urnes ne peuvent être complémentaires à la rue, car elles en sont la négation même. En effet, la populace ne peut se réclamer comme étant un acteur politique légitime, alors qu’elle concède aux 4 ans cette légitimité aux acteurs compétents, c’est-à-dire aux politiciens et politiciennes professionnel-le-s. La diversité des tactiques c’est bien beau, mais quand une tactique anéantit les efforts d’une autre, peut-on vraiment parler d’actions complémentaires?

Les assemblées générales des étudiants et étudiantes et les assemblées de quartiers devront être réinvesties (je nommerais bien les milieux de travail, mais que faire des centrales syndicales?) si nous désirons dépasser le paradigme de cette société démocratique qui n’a de démocratique que le nom. Mais nous devrons aussi composer avec le fait qu’une bonne majorité de la population aura contribué à construire les murs de notre prison.

 


[1] http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/04/08/elections-2014—taux-de-participation-de-272–a-11-h-30-selon-le-dge_n_5106050.html

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