La Tomate noire

L’itinérance n’est qu’un des nombreux symptômes d’une maladie pernicieuse

by on Déc.14, 2014, under Général

La lutte contre l’itinérance n’est pas la cause la plus sexy à défendre et peu de militantEs y consacrent leur temps. Il me semble que c’est un sujet peu abordé dans le milieu anarchiste, plus enclin à se pencher sur les luttes syndicales et les conflits de travail. Il existe différents comités de logement à travers la ville de Montréal, mais la question de l’itinérance n’est pas forcément abordée de front. Le Québec est désormais doté d’une politique nationale en itinérance depuis le début de l’année 2014 et on peut remercier les groupes communautaires de s’être mobilisés autour de cette question pendant des années. Cela dit, ça ne veut pas dire qu’il y aura assez de sous et de ressources pour contrer la montée de l’itinérance en milieu urbain, surtout en période d’austérité. Avec les récentes mesures annoncées par le gouvernement du Québec, on peut craindre le pire quant à cette problématique, comme pour bien d’autres. Par exemple, certaines jeunes femmes pourraient être tentées de se tourner davantage vers la prostitution, alors que d’autres individus iront vers le vol à l’étalage, si ce n’est pas le vol à main armée ou l’invasion de domiciles. Un contexte économique difficile engendre forcément un contexte social difficile.

L’itinérance n’est que le symptôme d’un système qui est profondément malade et non pas la maladie en soi. Des logements aux coûts qui grimpent sans cesse, un marché du travail de plus en plus difficile et les salaires qui ne suivent pas l’inflation, tout ça fait en sorte qu’on se retrouve avec plus d’itinérantEs. Dans un contexte d’austérité où l’on coupe un peu partout dans les services offerts à la population, je vois mal comment le gouvernement pourrait lutter efficacement pour contrer l’itinérance, politique nationale ou pas. Clairement, cet enjeu ne fait pas partie des priorités du gouvernement actuel, ni des précédents.

L’État-providence ne fut qu’un mirage qui a endormi les syndicats et le reste de la société civile. Les acquis d’hier sont réduits en miettes aujourd’hui et le capitalisme «à visage humain» cède sa place au capitalisme sauvage. On doit s’attendre à une montée du chômage, à une nouvelle récession et malheureusement, à plus d’itinérantEs dans nos rues. L’arrivée de l’hiver sera très dure pour plusieurs Québécois et Québécoises puis comme le capitalisme est un système international, le même fléau fera des ravages dans plusieurs villes du monde.

Peu importe la cause qui nous tient à cœur, on doit regarder l’ensemble du portrait pour comprendre comment trouver une solution à notre problème. L’itinérance ne fait pas exception à cette vision des choses. Il est difficile voire impossible à mon sens de combattre l’itinérance sans combattre le capitalisme. Nos politiciens et politiciennes font semblant de se préoccuper de la question de l’itinérance (Denis Coderre est allé faire son tour à la Nuit des sans-abri il y a quelques semaines), mais qu’en est-il réellement? Tout ça me semble n’être que de la poudre aux yeux et je vois très mal comment on pourrait changer les choses de l’intérieur. Voilà aussi pourquoi je suis anarchiste. Une véritable démocratie ne laisserait pas ses citoyens et citoyennes crever dans les rues. Une véritable démocratie veillerait à la redistribution de la richesse parmi la population et voilà pourquoi ceux et celles qui nous dirigent ne sont pas de réels démocrates. Leurs paroles ne sont que du vent, les gestes ne viendront jamais avec eux. Ils et elles travaillent pour leurs maîtres pendant que la population cautionne le tout dans l’isoloir. Remarquez cependant que les gens se déplacent de moins en moins le jour de la mascarade et que le vent est peut-être en train de tourner.

J’applaudis le travail acharné des groupes communautaires, mais si nous voulons régler le problème de l’itinérance, nous avons besoin de rien de moins qu’une révolution. Autrement, on n’avancera pas et on ne fera qu’apposer un diachylon sur une plaie béante, un peu comme le problème de la prostitution, qu’on ne peut régler à coups de lois au sein du système capitaliste.

Je suggère donc ici à la population de changer de remède.


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