La Tomate noire

Un cycliste et sa haine des chars

by on Oct.05, 2014, under Débats

L’autre jour je me promenais à vélo sur une des seules pistes cyclables de l’est de Montréal. Bande cyclable devrais-je dire pour respecter les termes officiels employés par la Ville. Je roulais, donc, à la lueur nocturne de mes lampes clignotantes en direction de mon chez-moi. Au moment de croiser une intersection, une voiture roulant dans l’autre sens amorce un virage à gauche (donc dans ma direction). Arrivé nez à nez avec moi, il finit par s’arrêter devant mon imposante paume levée dans sa direction. J’aperçois alors le conducteur qui me fait signe de la main que je n’ai pas fait mon contact visuel avant de traverser l’intersection. Avoir eu l’esprit plus vivace, je lui aurais balancé un truc du genre : « Hey le Sma’t, tu vois pas qu’il fait nuit et qu’il a fallu qu’on soit face à face pour que je te voie la face ? En plus, t’es pas conscient qu’avant même la notion de contact visuel, le Code de la route prévoit des priorités de passage faisant en sorte qu’une ligne droite ait priorité sur un virage ? »

 

Un autre jour, plus récent celui-ci, je suis sur la même rue, mais plus dans l’Ouest, là où il n’y a ni piste ni bande cyclable. J’ai néanmoins la bénédiction des Dieux pour y circuler, car il y a une pancarte qui indique que c’est une route partagée. Il y a même des vélos peinturés sur le sol, du même genre de peinture qu’on fait autour d’un cadavre pour signifier l’endroit et la position où on l’a retrouvé. J’avance lestement tout en gardant une bonne distance avec la cycliste qui est devant moi. Toujours est-il qu’un véhicule venant en direction inverse (encore, tiens !) décide de faire un fameux virage en U et passe à un poil de percuter la cycliste qui me précède. L’automobiliste s’arrête, se rend compte de son geste stupide et lance un « je m’excuse » depuis l’intérieur de son habitacle. Arrivé vis-à-vis l’autre cycliste, je lui lance :

« Y’est malade, lui ! Toi, ça va ?

— Oui, me répond-elle, c’est juste le deuxième aujourd’hui. »

Je lui souhaite bonne chance et reprends ma route, en souhaitant qu’elle arrive à destination promptement.

 

Je voudrais bien avoir tort dans ce que je m’apprête à dire, mais je crois que j’ai malheureusement raison là-dessus : à peu près toute personne faisant du vélo de façon régulière à Montréal passe proche de se faire frapper, emportièrer ou rouler dessus au moins une fois par trajet. Là, j’insiste sur le « régulièrement » pour mettre l’accent sur ceux et celles qui se servent du vélo dans leurs déplacements quoditiens (travail, études, etc.), et non les cyclistes du dimanche (littéralement) qui ne font du vélo que lorsque les voitures sont moins nombreuses et les automobilistes moins dopéEs au café. Bref, faire du vélo est un danger de tous les instants. Les médias traditionnels ont peu tendance à montrer cette dure réalité, à moins que des cyclistes ne meurent ou du moins se retrouvent grièvement blesséEs des suites d’un accident de la route.

 

D’ailleurs, cet été on a connu un nombre important de décès et d’accidents de toutes sortes impliquant cyclistes et automobilistes. Sans surprise, le décompte des vies perdues se retrouve seulement du côté des premiers. C’est là une évidence, mais il me semble que ça vaille la peine de le rappeler, étant donné l’attitude des seconds. Et ce ne sont pas les solutions bidons proposées en toute hâte par les projetmontréalistes plus soucieux de leur image « provélo » que de solutions à long terme qui vont changer les choses. Pelleter le problème sur le trottoir, c’est ajouter du danger dans le parcours des piétons qui sont déjà mis à mal par les automobilistes. Ce sont les chars qui doivent céder de leur emprise sur l’espace public, pas les piétons.

 

Montréal a beau être une des villes les plus vélo friendly de la planète, il n’en demeure pas moins qu’un cycliste tué, ce n’est pas une statistique, c’est un meurtre. Une personne pour qui j’éprouve un mélange d’amour et de mépris a souligné, il y a quelques années, qu’une voiture est comme une arme à feu. Du bout des orteils, comme du bout des doigts, on peut générer assez de puissance pour terrasser un être vivant et lui faucher la vie. J’ajouterais à ça que si on souhaitait faire de Montréal une vraie ville où il fait bon pédaler, on permettrait aux cyclistes de rouler arméEs. En plus, la Ville devrait distribuer gratuitement, une journée par an, des 303 et des AK-47. Comme ça, on pourrait rééquilibrer un peu le rapport de force.

 

Enfin, vous comprendrez que derrière cette apologie des armes à feu se cache plutôt un profond mépris pour l’homo automobilis. J’haïs les armes autant que j’haïs les chars. Voyez-y une mesure de cette haine, et non un appel à s’entretuer. Je sais que le transport en commun, c’est d’la marde… C’est pour ça que j’évite de le prendre huit mois par année, beau temps, mauvais temps. Je le sais que la toune qui joue à la radio est celle qui a joué hier, et avant-hier, et l’autre jour avant et ainsi de suite. C’est correct si vous deviez aller porter les enfants et que c’est trop compliqué, long et chiant d’y aller autrement qu’en auto. Je comprends aussi si votre job est à une heure de chez vous parce que vous voulez vivre dans un milieu exempt de chauffards. Je souhaite la même chose, mais sans avoir à m’exiler dans un dortoir fait en béton. Sachez que le système économique dans lequel on vit se nourrit de la destruction de l’environnement par la perpétuation du règne du char. Tous les éléments culturels qui nous entourent nous encouragent à intégrer l’auto dans notre quotidien, voire d’intégrer notre quotidien dans l’auto. Vouloir aller à l’encontre de ce totalitarisme, c’est s’exposer aux contrôles des agents de sécurité du métro ou aux automobilistes fous furieux. Peu importe la raison qui explique votre décision de prendre l’auto chaque matin, vous contribuez au problème en plus de mettre en danger la vie des autres, pis en plus vous polluez. Ça fait que prenez votre mal en patience et donnez priorité aux cyclistes ! Sinon on va commencer à rendre les coups…

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2 Comments for this entry

  • anabraxas

    Hmm… Je connais un bon vieux truc de messagers à vélo qui implique un U-lock utilisé comme marteau sur des rétroviseurs de chars. Facile surtout dans les longues files d’attentes de voitures, la technique semble avoir été un déterrant signifiant durant la Guerre de 1997-2003 dans le Centre-Ville de Montréal. Et au-delà, bien-sûr.

    Y a aussi les grosse chaînes à cadenas qui peuvent servir de fléau d’armes pour casser pare-brises, phares ou feux de signalisation, ce qui cause pas mal d’ennuis aux chauffeurs sociopathes. Puis le classique exacto pour slasher des pneus quand ça adonne.

  • Flo

    Ma mère, dans sa folle jeunesse, se promenait beaucoup à vélo et ne se départissait jamais d’une bouteille de gel à raser. Dès qu’un automobiliste lui faisait un move trou d’cul, elle lui envoyait une bonne dose de gel à raser sur le pare-brise. Le fun dans tout ça, c’est que plus tu pars tes essuie-glace fort avec du liquide lave-vitre, plus ça fait de la mousse. Le conducteur ne voyant plus rien est pogné pour s’arrêter et sacrer en nettoyant.

    Je conseille personnellement la marque Baléa, la bouteille pitche loin en criss.

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