La Tomate noire

Les 15 mars se suivent… et ne se ressemblent pas toujours

by on Mar.16, 2015, under Général

En fait je dis ça, mais je ne parle pas pour tout le monde. Pour beaucoup de gens malheureusement, le 15 mars a encore fini avec un ticket (l’article 500.1) après une attente interminable dans la slush frette, pris en souricière par le SPVM équipé pour aller en guerre.

Récapitulons :

15mars 01

Je suis passée au rassemblement du COBP coin Berri/Ontario un peu avant 15h. Il y avait déjà au moins 8 fois le nombre de flics que de personnes qui voulaient se réunir pour dénoncer la brutalité policière : des poussins, des antiémeutes, des autos, des vans, allouette! Je suis restée quelques minutes puis j’ai pris le chemin de la manif féministe où j’avais décidé d’aller cette année. Surprise! Plein de gens contre la brutalité policière, mais une seule voiture de flic sur le côté de la Place Philip.

C’est n’importe quoi! Des gens au SPVM prennent des décisions complètement arbitraires et sont payé-e-s et récompensé-e-s pour ça (moi aussi des fois j’ai envie de crier « mes taxes! »). La manif féministe était affichée comme une « manif contre la brutalité policière » et n’a pas donné son trajet. Le rassemblement du COBP était affiché comme un rassemblement, donc n’a pas à donner son trajet. Que les flics prennent un plaisir dégoûtant à s’habiller en GI Joe pour aller réprimer du monde pas armé, pas équipé en nous faisant croire que c’est parce que « la manif n’a pas donné son itinéraire » pour finalement l’arrêter pour cause d’« action concertée destinée à entraver la circulation des véhicules routiers  » (Criss c’est 2 articles différents! Nous prenez-vous pour des caves?!) est encore une preuve à placer dans la grande liste de « les flics font ce qu’y veulent quand y veulent pis APRÈS y trouvent un article pour se justifier ».

15mars 02

15mars 03

Le rassemblement pour la manif féministe était agréable, plein de gens différents, de ballons et j’ai vu quelques enfants. J’ai aussi eu l’agréable surprise de voir une bannière abolitionniste (mais wtf la barre du A en Kalachnikov?!), ça m’a surpris parce qu’on n’entend pas les abolos dans la gauche radicale (gauche radicale ou juste gauche comme nous le faisaient remarquer deux filles de l’industrie il y a quelques mois). Juste avant le départ de la manif, un groupe qui s’était tenu en retrait du reste des gens a décidé de ne pas faire partie de la manifestation et a crié que c’était à cause de la bannière abolo. Je me suis fait le commentaire que je n’avais jamais assisté au départ de gens à cause de malaises causés par la position abolitionniste pendant que j’ai assisté à beaucoup de départs à cause de l’inverse. Pourtant gang il va bien falloir trouver un moyen de se parler un jour, ça serait dommage de laisser les lignes de la CLÉ et de Stella diriger nos réflexions féministes et nos choix d’alliances dans la gauche radicale.

15mars 04

Nous avons donc pris la rue! Oui oui! La rue!

Je souligne ici l’absurdité totale de vivre dans un « État de droit » qui se gargarise aux mots « droits fondamentaux » et « Constitution » et de se rendre compte que maintenant, à chaque fois que nous décidons de prendre la rue de la même manière que les manifs l’ont fait des années durant, on s’expose à de la violence et de la répression policière.

15mars 05

15mars 06

15mars 07

On a marché sur Ste-Catherine jusqu’à St-Laurent puis monté St-Laurent vers le Nord. C’était très libérateur de crier « FLICS, MACHISTES, ASSASSINS! » en marchant. La manif était de bonne humeur, les gens étaient content-e-s de marcher. Wow on a marché presque une heure! Les flics nous suivaient en auto mais j’en ai pas vu beaucoup… On était très très loin de la gang à l’allure paramilitaire que j’avais vue coin Berri/Ontario. La manif s’est tout de même fait disperser près de la rue Rachel… Comme quoi… Mais je suis quand même plus qu’heureuse d’avoir été capable de marcher dans une manif féministe pour le 15 mars!

De retour vers la maison, en apprenant que le rassemblement du COBP était sur Berri (à 50 mètres d’où je les avais vus quelques heures auparavant!), pris en souricière, j’ai décidé de passer par là. Il y avait quelques personnes et quelques bannières. Les gens, même les gens qui ne faisaient que passer, étaient complètement renversés quand on leur racontait pourquoi les flics bloquaient le carré Sherbrooke-Ontario-Berri au complet, avec un armement et un équipement qui leur serait plus utile pour combattre Daesh en Syrie, mais qu’illes utilisaient pourtant pour mater un rassemblement pacifique.

15mars 08

15mars 09

15mars 10

15mars 11

15mars 12

Il y a eu quelques discours et des bannières. On a rit des flics et on a essayé de faire du bruit pour s’encourager et encourager la gang en bas. À moment donné la flicaille s’est tannée de nous et nous a poussé-e-s sur le trottoir en nous disant de nous en aller.

On a changé de bord de rue.

15mars 13

Les pieds mouillés, j’ai fini par partir, non sans plusieurs pensées pour les gens dans la souricière.

J’espère que vous allez bien.

NO JUSTICE NO PEACE, SMASH THE POLICE!

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5 Comments for this entry

  • GND_Robespierre

    Ok. Je constate que ces abolitionnistes réformistes se trouvent bizarrement parmi vos liens sur ce site, ce qui veut pas dire que vous devriez nécessairement les purger pour ça. Mais je suis volontiers d’accord pour l’agenda abolitionniste révolutionnaire selon tes termes. Quant à moi, le rapport de masse (ou sociétal) est à la source autant des hiérarchies patriarcales, de la commodification/objectification des corps tout comme des incommunications à la Facebook (dont Facebook ne fait que profiter dans un contexte d’invasion technologique corporative, tout en faisant profiter aux diverses structures de contrôle sociale, à leur invasion de la vie privé). C’est l’intersubjectivité qu’on cherche, pas une masse de marathon militant où on est insignifiant-es, non?

    Et ATTENTION: Faut bien comprendre que pour mettre « la main à la pâte », faut être dans la même boulangerie. Ou au moins avoir une cuisine commune à sa disposition. C’est facile de balayer du revers de l’autre main tous ces gens de l’ombre non-mobilisé-es, mais plus difficile de comprendre ce qui, dans la relation sociale, les retient, empêche ou contraint de te-vous rejoindre, et arriver avec des infratructures ou moyens pour annuler les murs qui nous entourent (physiquement ou non). Ou bien d’utiliser les structures en place pour écarter les barreaux.

    Y a aucune lutte qui puisse se mener à plusieurs sans un positionnement préalable, si ce n’est que juste se bouger le cul pour aller voir les autres là où c’est approprié, ce qui nécessite une connaissance prélable de « ce qui se passe », entres autres. Pour partir une grève, faut être travailleureuse (ou étudiant-e); pour organiser une assemblée de voisinage, faut être résident-e du voisinage. Mais les murs sont réels. C’est pour ça que pour se rejoindre, c’est important de voir pour des communications allant au-delà des murs (concrets ou langagiers/intellectuels). Et la communication été un (sinon LE) problème central dans la dernière grève.

    C’est pour ça d’ailleurs que des médias aliénants s’imposent si facilement, comme béquilles ou fausses solutions permettant aux gens de sortir de leur subjectivité… en s’y renfermant encore plus au bout de la ligne. Pas juste la technologie mais le contexte d’isolation, pour pleins de gens, facilite ça. En effet, Facebook est un des pires cancers véhiculés par Internet, avec la pourriture des rapports sexuels dûs à la porno en-ligne. C’est insécurisant aussi pour nos rapports interpersonnels.

  • GND_Robespierre

    Ok. Je constate que ces abolitionnistes réformistes se trouvent bizarrement parmi vos liens sur ce site, ce qui veut pas dire que vous devriez nécessairement les purger pour ça. Mais je suis volontiers d’accord pour l’agenda « abolitionniste révolutionnaire » selon tes termes. Quoique quant à moi, le rapport de masse (ou sociétal) est à la source autant des hiérarchies patriarcales, de la commodification des corps tout comme des incommunications à la Facebook (dont Facebook ne fait que profiter dans un contexte d’invasion technologique corporative, tout en faisant profiter aux diverses structures de contrôle sociale, à leur invasion de la vie privé). C’est l’intersubjectivité qu’on cherche, pas une masse de marathon militant où on est insignifiant-es, non?

    Et ATTENTION: Faut bien comprendre que pour mettre « la main à la pâte », faut être dans la même boulangerie. Ou au moins avoir une cuisine commune à sa disposition. C’est facile de balayer du revers de l’autre main tous ces gens de l’ombre non-mobilisé-es, mais plus difficile de comprendre ce qui, dans la relation sociale, les retient, empêche ou contraint de te-vous rejoindre, et arriver avec des infratructures ou moyens pour annuler les murs qui nous entourent (physiquement ou non). Ou bien d’utiliser les structures en place pour écarter les barreaux.

    Y a aucune lutte qui puisse se mener à plusieurs sans un positionnement préalable, si ce n’est que juste se bouger le cul pour aller voir les autres là où c’est approprié, ce qui nécessite une connaissance prélable de « ce qui se passe », entres autres. Pour partir une grève, faut être travailleureuse (ou étudiant-e); pour organiser une assemblée de voisinage, faut être résident-e du voisinage. Mais les murs sont réels. C’est pour ça que pour se rejoindre, c’est important de voir pour des communications allant au-delà des murs (concrets ou langagiers/intellectuels). Et la communication été un (sinon LE) problème central dans la dernière grève.

    C’est pour ça d’ailleurs que des médias aliénants s’imposent si facilement, comme béquilles ou fausses solutions permettant aux gens de sortir de leur subjectivité… en s’y renfermant encore plus au bout de la ligne. Pas juste la technologie mais le contexte d’isolation, pour pleins de gens, facilite ça. En effet, Facebook est un des pires cancers véhiculés par Internet, avec la pourriture des rapports sexuels dûs à la porno en-ligne. C’est insécurisant aussi pour nos rapports interpersonnels.

  • pwll

    Par abolitionniste j’entend des féministes qui visent à l’abolition de l’industrie du sexe parce qu’elle la voient comme une machine basée dans le patriarcat, le capitalisme et le racisme. Certaines abolitionnistes réformistes visent l’État pour accomplir tout ça et pour « sauver les femmes de la prostitution », mais les abolo révolutionnaires visent à la destruction de ces rapports de dominations et à la solidarité avec les personnes qui sont dans l’industrie pour qu’elles s’organisent de la manière dont elles le veulent pour lutter contre cette industrie. Voilà en gros l’abolitionnisme.

    Pour la trame narrative, je suis tout à fait d’accord avec toi. Je pense qu’à ce propos notre pire ennemi est facebook. Le monde crachent leur emotions live sur fb et ces émotions restent dans le moments présent sans jamais ouvrir d autres trames narratives propres à nous et sans jamais entrelacer ces moments pour en faire des moments collectifs. On individualise complètement la narration et on est rendu-e-s tristes quand les medias bourgeois parlent pas de nous. Comme s ils l avaient jamais fait.

    Par contre, pour ce qui est du printemps, je ne suis pas d’accord avec toi. Peut-être que ça ne sera pas ce qu’on voudrait, peut-être que c’est juste part d’une escalade qui mènera plutôt à l’automne ou peut-être qu’on est en train de vivre ce que ça va être à partir de maintenant: un constant bourdonnement de mobilisation sans jamais mener à un climax. Mais quoiqu’il en soit il se passe des choses: des liens se nouent, des syndiqué-e-s se sentent l’envie de dépasser leur molle centrale syndicale, le féminisme est devenu un sujet d’actualité,le mouvement étudiant a envie de sortir de ses cercles et des petites actions ont lieu presque à chaque jour à la grandeur du quebec.
    On peut intellectualiser et regader le tout avec septicisme parce que c’est vrai que ce n’est pas clair où ça s’en va… Mais personellement je préfère embarquer, y mettre tout, risquer, confronter (à l’intérieur et à l’extérieur) et me bruler, . Parce que regarder le train passer en intellectualisant ça me fait pas mal plus chier que de mettre la main à la pâte.

  • NihilumTremens

    Je comprends pas trop ce que t’entends ici par les « abolitionnistes ».

    C’est bien de lire une perspective personnelle et vivante de ce qui s’est passé, plutôt que le drame politique à la rhétorique machinale qu’on lit souvent sur les sites de la gôche ou des « anars ». Y a à dire que je me sens quelque peu déprimé-e de voir qu’y avait pas grands lignes d’écrites sur cette marche à part dans les médias de l’État (pitoyable que tant de gens en soient rendus à dépendre d’eux, comme de médias socio-corporatifs, pour « dé-subjectiviser » leurs expériences et les faire circuler, ouache…). J’ai peut-être tort, mais je crois qu’on a besoin de faire circuler encore plus nos récits dans ces temps où tout le monde se fait imposer la narration.

    Disons aussi que ça fait s’interroger sur si le printemps viendra vraiment, ou comment… Cette société est devenue figée, givrée à fond, et pourrit de l’intérieur de ses mirages qui la font rouler à vide (plus précisément à mort). Le seul espoir pour l’avenir des humains, tous genres confondus, est dans le déchirement violent de cette machine de béton. Je dis ça alors que mes jours, les tiens, les nôtres, sont comptés…

    Ah et en passant, fuck la Gauche. Éternellement. La Gauche qui n’a fait que nous affaiblir et nous civiliser toutes ces années. Attirer les foules pour les repousser dans le travail ensuite, et maintenant tu vois le résultat dans les quelques manifs pitoyables qu’y a eu à Montréal ces derniers temps. LA Gauche n’a fait de nous donner corps et âmes à des petits capitalistes dans nos milieux, comme alternative aux gros capitalistes. Cette vieille fucking machine de marde, cessons de la peindre en Rouge pour nous la faire supporter plus longtemps.

    Vive la négation du social et de son esclavage.

  • abraham Weizfeld Ph.D.

    Manifestation contre la brutalité policier-es le 15 mars 2015
    Voir 0:08 – 0:25 et 0:50 – 3:05

    http://ici.radio-canada.ca/tele/le-telejournal-18h/2014-2015/

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