La Tomate noire

Général

L’empreinte: Redéfinir les mythes nationaux et appropriation culturelle

by on Mar.19, 2015, under Général

(Merci à I. Ce texte est le résultat de la discussion que nous avons eue au retour du visionnement.)

Quand j’ai assisté pour la dernière fois à une activité du PQ il y a une décennie environ (une conférence de Louis Bernard)[1], une clameur s’était élevée dans la salle suite à l’énonciation de l’histoire de l’identité canadienne-française. Une vieille dame pleine d’amertume avait même grogné en parlant des «méchants Anglais»: « Ils nous ont volé nos symboles et notre hymne national ». C’était une tendance assez forte à l’époque que de donner dans cette victimisation larmoyante. Un groupe d’intérêt avait même été fondé dans l’espoir de reprendre au ROC le nom de Canada et l’emblème de la feuille d’érable.

Que des nationalistes québécois-es jugent bon, aujourd’hui, de récupérer non pas quelques symboles, mais de revendiquer des identités entières aux peuples autochtones, ça ne semble cependant pas causer tant de chemises déchirées.

De fait, cette tendance n’est pas apparue avec le documentaire L’Empreinte. Depuis qu’il n’est plus exactement honteux de s’identifier comme d’origine autochtone, des Nords-Américain-e-s de tout poil prétendent avoir du « sang indien » bien caché quelque part dans le coin d’une veine. Dans ce contexte, les Québécois-es ne font d’ailleurs absolument pas exception. La tendance peut être plus forte qu’ailleurs à se définir comme société métissée (clairement moins que dans à peu près toute l’Amérique latine, quand même) mais elle s’inscrit dans une tradition qui n’est pas du tout unique[2] et cela n’a sans doute rien à voir, contrairement à ce que Darryl Leroux croit, avec les larmes acides que bien des Québécois-es versent sur leur propre sort. Bien évidemment, la génétique nous a appris que les Québécois-es de vieille souche française ont assez peu de vrai « sang indien », mais passons, cela importe en fait assez peu.

La thèse de L’Empreinte, en regard de tout ça, est particulièrement laborieuse à résumer. Le documentaire cherche à démontrer qu’à peu près tout ce qui constitue le «modèle québécois» est un héritage de la culture amérindienne. Place de la femme, valeurs égalitaires, social-démocratie, tolérance, recherche du consensus, etc. Tout y passe. Même en outrepassant toute logique et en admettant une influence directe aussi forte, on pourrait bien arguer que cela ne fait pas de nous des Amérindien-ne-s et ne nous donne pas le droit de revendiquer ce statut. Pas plus que les emprunts constants des Grecs/ques Ancien-ne-s aux autres civilisations n’ont fait d’eux des Phénicien-ne-s ou des Égyptien-ne-s. Mais il n’y a rien à faire. Roy Dupuis le sent en lui qu’il est « indien ». Ses invité-e-s, confortablement installé-e-s dans des chalets à 400 000$ ou des bureaux luxueux, le sentent aussi. Une psychanalyste invitée et visiblement intéressée par l’ésotérisme en arrive à dire que la négation même de l’héritage autochtone (dans l’expression « on est pas des sauvages ») est une preuve de plus qu’en réalité, on est des sauvages.

Légendes dorées, légendes noires

Le Québec ne se distingue pas non plus sur le soin qu’il met à présenter la colonisation comme étant dénuée de tout conflit. Aux États-Unis, on présente souvent l’image des bons puritains portant des chapeaux haut-de-forme partager du blé d’Inde lors du « Premier Thanksgiving ». La France, encore culturellement forte au Maghreb, a édicté des lois mémorielles. En Espagne, la leyenda negra est une expression péjorative qui renvoie aux histoires d’exactions commises durant, notamment, la colonisation de l’Amérique et prétendument inventées de toutes pièces pour des motifs politiques[3]. Devant tant de récits nationaux lavés à l’eau de javel, il serait surprenant que le «nôtre» soit le seul, le seul au monde pour reprendre la théorie du documentaire, à avoir été fondamentalement différent.

Non, le Québec n’est pas unique. Les vertus de sa colonisation non plus, ni ses exactions. Sur le plan historique, L’Empreinte est exsangue. La meilleure parodie vient d’ailleurs de Denys Delâge et de Serge Bouchard, deux spécialistes qui connaissent pourtant très bien le poids des mots. On ne se centre que sur les alliances entre Français-es et Autochtones, qui ont effectivement eu lieu. Mais des alliances, pratiquement tous les colonisateurs en ont tissé, même le cruel Cortès, destructeur des Aztèques.

On met bien sûr de côté la masse pourtant incontournable des bavures, qui date de bien avant l’hostie de Conquête: le rôle français dans l’extermination des Renards par exemple, l’évangélisation agressive et la traite massive de milliers d’esclaves (surtout des Autochtones mais aussi des Africain-e-s), et dont le fameux Jean Vauquelin, héros couronné par une place attenante à l’Hôtel de Ville de Montréal, était friand. On a beau, assez ridiculement d’ailleurs, évacuer toute responsabilité sur ce qui s’est passé après 1759 – ce sont finalement les Anglais qui seraient responsables de la cassure entre Québécois-es et Autochtones – il n’en reste pas moins que des massacres, les Français qui s’appelaient Canadiens en ont aussi commis.

Et je ne souscris pas à la thèse du « moins pire ». Un esclavage « moins pire » centré sur la domesticité est tout de même de l’esclavage, et mérite d’être appelé « esclavage » et non « modèle unique de colonisation ».

Ignorance et idéalisation

Dans ce documentaire sur les valeurs autochtones supposément transmises aux Québécois-es, on ne parle finalement pas du tout des Autochtones. Les informations sur la culture des différentes nations présentes au Québec tombent au compte-gouttes, les plus exactes semblant d’ailleurs provenir de Joséphine Bacon, chez qui Roy Dupuis remarque immédiatement les yeux, anormalement bleus. Cette discussion, qui démontre finalement que les Québécois-es sont redevables aux Autochtones (et non pas qu’illes sont autochtones), est présentée comme l’indéniable preuve que ces dernières/iers reconnaissent eux-mêmes la proximité.

Assez délicieusement, la poétesse innue remarque d’ailleurs que si la conversation avait eu lieu dans sa langue, certaines questions auraient été de trop. Sous-entendu: ta yeule Roy.

L’histoire réelle passe le relai au mythe du bon sauvage. Celui d’une Île de la Tortue (autrement dit l’Amérique) idéalisée et dans laquelle tous les individus étaient égaux, solidaires et libres. Le fait est: s’il est vrai que les Jésuites et Gabriel Sagard ont effectivement observé des traits plus égalitaires et une liberté sexuelle plus grande chez les Autochtones visités, il n’en reste pas moins que la vision générale qu’en ont eu les Européens par la suite n’a rien à voir avec la réalité historique. Il est né d’une instrumentalisation des Autochtones à des fins philosophiques, politiques et idéologiques: ce phénomène existe depuis longtemps et représente tous les indigènes du monde sous des traits juvéniles et purs. Pas étonnant qu’on traite encore les Autochtones comme des mineur-e-s, pourrait-on en conclure.

Autrefois on se servait du mythe du bon sauvage pour vanter une culture ignorant le péché et dénoncer le progrès. Dans l’Empreinte, le péché c’est l’individualisme. Dans les faits, nous savons très bien que les Premières Nations du Québec sont issues de civilisations développées, matures et aux normes parfois strictes (incluant sur le plan des rôles genrés, remarquerait Gabriel Sagard). L’ignorer au profit du mythe, comme on le fait ici, est une négation totale du vécu des Autochtones, de leurs luttes quotidiennes pour améliorer leur vie, de leurs questionnements, de leurs doutes. Toutes ces choses qui nous permettent de les considérer justement comme nos pareils, c’est-à-dire des êtres humains dignes d’être nos interlocuteurs/trices.

De qui a-t-on hérité?

On pourrait affirmer que l’esprit communautaire des Québécois-es (en admettant qu’il soit aussi distinct qu’on le prétend) existait déjà dans la France du Moyen Âge. On pourrait aussi affirmer que le mépris apparent pour la hiérarchie (traditionnelle) est commun en Amérique du Nord, et qu’il n’a pas nécessairement de racines autochtones, et que c’est l’Américanité du Québec qui s’exprime à travers lui. On pourrait affirmer que le dédain pour la richesse, dont parle Roy Dupuis, est en fait une invention de Joseph Facal servant à victimiser les bourgeois-es, et que par ailleurs le premier discours contre les riches (et qui nous a été transmis) date de l’Égypte ancienne et non pas de la gaugauche immobiliste. Que la social-démocratie est réellement héritée d’Europe, (genre… l’endroit où elle a été inventée). Que notre système d’éducation mêle les inspirations catholiques et socioconstructivistes, aussi originaires d’Europe.

Mais au lieu de chercher des vérités multiples un peu partout, le documentaire affirme que tout ça vient du fait que nos ancêtres gambadaient gaiement, main dans la main avec des Autochtones, au milieu de la Vallée du Saint-Laurent. C’est commode et confortable comme théorie.

« Fuck les Indien-ne-s, vive la social-démocratie! »

Qui l’eût cru: le modèle québécois « capitaliste à visage humain » comme me le faisait remarquer I., découlerait directement de la vie communale (sans État ni capitalisme) des Algonquin-e-s et Huron-ne-s. La gauche modérée n’est pas la première à s’essayer de récupérer ce récit de colons. J’ai déjà entendu Michel Kelly-Gagnon, alors président du Conseil du Patronat, tenter de vendre le capitalisme sauvage en incitant ses compatriotes à « retrouver l’esprit du coureur des bois ». Il avait fait de ce thème une conférence et de sa conférence une tournée pan-québécoise.

Mais ce qui me met hors de moi, c’est que ce maudit documentaire n’amènera jamais une seule réaction de solidarité face aux luttes autochtones, ou même de sympathie à leur égard. On n’y parle ni des territoires accaparés, ni des forêts rasées, ni des femmes disparues, ni des réussites multiples, ni des espoirs, ni même du quotidien. On ne voit même pas l’ombre d’une rue de Pikogan ou d’Odanak. Son objectif est de défendre le modèle québécois (blanc) par un immense appel à la tradition (imaginaire et nourrie par l’anecdote), stratégie plagiée aux esprits ultraconservateurs. Dans ce contexte, et même si quelques intervenant-e-s issu-e-s des Premières Nations sont utilisé-e-s[4], les principaux/ales intéressé-e-s sont évacué-e-s et restent des remarquables oublié-e-s.

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[1] Notons par ailleurs que pendant cet évènement, j’ai été hué (pour la dernière fois par le PQ) après avoir posé une question sur le droit à l’autodétermination des Autochtones à M. Bernard. À la défense de l’ex «Grand Mandarin», il a dit avoir visité les communautés à plusieurs reprises, et compris leur désir: c’est-à-dire celui de se gouverner eux-mêmes. Il n’y avait pas de mépris dans cette réponse.
[2] Par exemple, chez les Blancs et les Noir-e-s des USA, la tendance est également forte, comme l’illustre le début de ce texte: « I AM COLORED but I offer nothing in the way of extenuating circumstances except the fact that I am the only Negro in the United States whose grandfather on the mother’s side was not an Indian chief.»
[3] Il est possible de dire que l’Espagne a réellement été victime d’une légende noire – des mensonges ont été colportés sans arrêt dans le cadre d’une guerre de propagande- mais ironiquement, plusieurs historien-ne-s nationalistes se sont servi-e-s de l’existence de ce biais pour discréditer toutes les critiques. Ici on parle plutôt de «Québec bashing», mais c’est littéralement le même phénomène, avec son lot de réactions stupides de part et d’autre.
[4] Et cela ne constitue absolument pas une critique de leur participation au documentaire.

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Les 15 mars se suivent… et ne se ressemblent pas toujours

by on Mar.16, 2015, under Général

En fait je dis ça, mais je ne parle pas pour tout le monde. Pour beaucoup de gens malheureusement, le 15 mars a encore fini avec un ticket (l’article 500.1) après une attente interminable dans la slush frette, pris en souricière par le SPVM équipé pour aller en guerre.

Récapitulons :

15mars 01

Je suis passée au rassemblement du COBP coin Berri/Ontario un peu avant 15h. Il y avait déjà au moins 8 fois le nombre de flics que de personnes qui voulaient se réunir pour dénoncer la brutalité policière : des poussins, des antiémeutes, des autos, des vans, allouette! Je suis restée quelques minutes puis j’ai pris le chemin de la manif féministe où j’avais décidé d’aller cette année. Surprise! Plein de gens contre la brutalité policière, mais une seule voiture de flic sur le côté de la Place Philip.

C’est n’importe quoi! Des gens au SPVM prennent des décisions complètement arbitraires et sont payé-e-s et récompensé-e-s pour ça (moi aussi des fois j’ai envie de crier « mes taxes! »). La manif féministe était affichée comme une « manif contre la brutalité policière » et n’a pas donné son trajet. Le rassemblement du COBP était affiché comme un rassemblement, donc n’a pas à donner son trajet. Que les flics prennent un plaisir dégoûtant à s’habiller en GI Joe pour aller réprimer du monde pas armé, pas équipé en nous faisant croire que c’est parce que « la manif n’a pas donné son itinéraire » pour finalement l’arrêter pour cause d’« action concertée destinée à entraver la circulation des véhicules routiers  » (Criss c’est 2 articles différents! Nous prenez-vous pour des caves?!) est encore une preuve à placer dans la grande liste de « les flics font ce qu’y veulent quand y veulent pis APRÈS y trouvent un article pour se justifier ».

15mars 02

15mars 03

Le rassemblement pour la manif féministe était agréable, plein de gens différents, de ballons et j’ai vu quelques enfants. J’ai aussi eu l’agréable surprise de voir une bannière abolitionniste (mais wtf la barre du A en Kalachnikov?!), ça m’a surpris parce qu’on n’entend pas les abolos dans la gauche radicale (gauche radicale ou juste gauche comme nous le faisaient remarquer deux filles de l’industrie il y a quelques mois). Juste avant le départ de la manif, un groupe qui s’était tenu en retrait du reste des gens a décidé de ne pas faire partie de la manifestation et a crié que c’était à cause de la bannière abolo. Je me suis fait le commentaire que je n’avais jamais assisté au départ de gens à cause de malaises causés par la position abolitionniste pendant que j’ai assisté à beaucoup de départs à cause de l’inverse. Pourtant gang il va bien falloir trouver un moyen de se parler un jour, ça serait dommage de laisser les lignes de la CLÉ et de Stella diriger nos réflexions féministes et nos choix d’alliances dans la gauche radicale.

15mars 04

Nous avons donc pris la rue! Oui oui! La rue!

Je souligne ici l’absurdité totale de vivre dans un « État de droit » qui se gargarise aux mots « droits fondamentaux » et « Constitution » et de se rendre compte que maintenant, à chaque fois que nous décidons de prendre la rue de la même manière que les manifs l’ont fait des années durant, on s’expose à de la violence et de la répression policière.

15mars 05

15mars 06

15mars 07

On a marché sur Ste-Catherine jusqu’à St-Laurent puis monté St-Laurent vers le Nord. C’était très libérateur de crier « FLICS, MACHISTES, ASSASSINS! » en marchant. La manif était de bonne humeur, les gens étaient content-e-s de marcher. Wow on a marché presque une heure! Les flics nous suivaient en auto mais j’en ai pas vu beaucoup… On était très très loin de la gang à l’allure paramilitaire que j’avais vue coin Berri/Ontario. La manif s’est tout de même fait disperser près de la rue Rachel… Comme quoi… Mais je suis quand même plus qu’heureuse d’avoir été capable de marcher dans une manif féministe pour le 15 mars!

De retour vers la maison, en apprenant que le rassemblement du COBP était sur Berri (à 50 mètres d’où je les avais vus quelques heures auparavant!), pris en souricière, j’ai décidé de passer par là. Il y avait quelques personnes et quelques bannières. Les gens, même les gens qui ne faisaient que passer, étaient complètement renversés quand on leur racontait pourquoi les flics bloquaient le carré Sherbrooke-Ontario-Berri au complet, avec un armement et un équipement qui leur serait plus utile pour combattre Daesh en Syrie, mais qu’illes utilisaient pourtant pour mater un rassemblement pacifique.

15mars 08

15mars 09

15mars 10

15mars 11

15mars 12

Il y a eu quelques discours et des bannières. On a rit des flics et on a essayé de faire du bruit pour s’encourager et encourager la gang en bas. À moment donné la flicaille s’est tannée de nous et nous a poussé-e-s sur le trottoir en nous disant de nous en aller.

On a changé de bord de rue.

15mars 13

Les pieds mouillés, j’ai fini par partir, non sans plusieurs pensées pour les gens dans la souricière.

J’espère que vous allez bien.

NO JUSTICE NO PEACE, SMASH THE POLICE!

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Faique y’a des fachos qui ont eu une tite peur pour leurs tis événements?

by on Mar.02, 2015, under Général

En soirée, le groupe Légitime Violence et ses invités français In Memoriam ont tenu un concert dans un lieu tenu confidentiel, par crainte de perturbation par des militants antifascistes ou par la police. [1]
En matinée, ce sont «trois représentants» du groupe d’extrême droite italien Casapound et de son aile jeunesse Blocco studentesco qui donnaient une conférence publique à l’invitation de la Fédération des Québécois de souche (FQS) et du groupe La bannière noire. Là encore, les organisateurs n’ont pas révélé où aurait lieu leur évènement.

conférence Casapound Italia et Blocco Studentesco

conférence Casapound Italia et Blocco Studentesco2
[Photos venant de la page fb de la Fédération des Québecois de souche]

Vous le savez que vous êtes watché-e-s. Vous le savez que des gens vont toujours s’interposer et vous gâcher votre fun de cracher votre marde d’extrême-droite. Ces idées d’exclusion, de haine, de hiérarchie et d’autorité, c’est juste non. La Fédération des Québécois de souche peut ben déguiser son fascisme sous un verni de traditions québécoises et d’inquiétudes pour la majorité et Légitime Violence peut ben chanter : « Ces petits gauchistes efféminés qui se permettent de nous critiquer n’oseront jamais nous affronter. On va tous les poignarder!», vous avez quand même besoin de passer par le bouche-à-oreille pour être sûr-e-s de réaliser vos événements. De la même manière, quand Légitime Violence « ne se qualifie pas publiquement de fasciste, mais plutôt d’«anti-antifasciste» », il n’y a personne de cave. Y’a pas juste vous qui savez que nous savons que dans le fond vous êtes des fascistes qui invitez des groupes fascistes, y’a le lectorat de La Presse en entier qui le sait. Vous trouvez sûrement que c’est un bon moment (austérité et appauvrissement qui vient avec, réflexe de repli identitaire des majoritaires qui se sentent « menacé-e-s » – De quoi? Ça reste un mystère -, contexte global d’islamophobie et de colonialisme néo-libéral) pour encourager les idées fascisantes, mais vous savez aussi que si vous vous montrez de manière décomplexée ça ne passera pas.

Vous allez toujours trouver des gens sur votre route.

En plus, Montréal a cela de très pratique que tout le monde se sent antifasciste dans la gauche radicale. Être antifasciste n’est pas une appellation tant contrôlée ici, même si des groupes et des personnes mettent (heureusement!) une énergie particulière à cette lutte. Donc, avec toute la gauche radicale qui se sent interpellée par les idées de marde que vous essayez de transmettre, ben vous faites bien de vous cantonner à des trous inconnus et de spinner votre marde entre vous.

Vous allez toujours trouver des gens ben motivé-e-s à vous barrer le chemin.

Pour nos archives :
In Memoriam les accompagnait sur scène, selon l’affiche du spectacle. Le groupe français est une figure historique du «rock identitaire français», un courant intimement lié à l’extrême droite.
Casapound «peut être qualifiée comme étant une organisation d’extrême droite de type fasciste, dans le sens que ses fondements idéologiques sont à retracer dans l’expérience du fascisme historique italien», a indiqué une spécialiste de la question, Caterina Froio, à La Presse. Mme Froio est chercheuse postdoctorale à l’Université Paris 2. «Le groupe a incorporé dans sa rhétorique des positions plus ouvertement xénophobes», a-t-elle ajouté.

[1] Toutes les citations sont prises dans l’article de La Presse L’extrême droite se réunit à Montréal publié le 2 mars 2015.

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Une autre manif que celle du COBP pour le 15 mars? Quelle bonne idée!

by on Fév.26, 2015, under Général

15 mars 2015

On veut toute la gang être dans la rue pour la Journée contre la brutalité policière. On veut, mais ça devient de moins en moins motivant à chaque année. S’il y a 10 ans c’était pas mal risqué (de se faire blesser ou arrêter), je trouve que c’est devenu carrément impossible (de ne pas se faire blesser ou arrêter) de manifester avec la manif du COBP le 15 mars. Y’en a à qui ça dérange moins, qui peuvent et qui veulent prendre un niveau plus élevé de risques, mais y’en a d’autres qui ne peuvent pas ou qui ne le veulent pas. Les personnes sans citoyenneté, les parents avec ou sans leurs enfants, les gens avec des handicaps, les gens qui ont vécu des traumatismes à cause de la brutalité policière, ou juste les gens qui ne le sentent pas; il y a toutes sorte de raisons pour ne pas vouloir s’exposer à un niveau élevé de risques mais de vouloir manifester quand même.

Il me semble que le 15 mars est une journée assez consensuelle pour qu’on puisse facilement mettre en pratique la diversité des tactiques. Diviser la ville par nos différentes actions directes en permettant à des gens différents de se joindre à des actions à leur goût ça me semble possible à une date où tout les militant-e-s veulent exposer la même chose : que la police est une machine d’une extrême violence (qui tue!!!) qui carbure à l’arbitraire et aux préjugés dans l’impunité la plus totale. En fait, d’un point de vue tactique il faudrait multiplier les actions. Dans un monde parallèle, j’imagine des manifs, des manifs différentes avec une différente énergie et des gens différents, mais aussi des vigiles à la mémoire des victimes, des activités d’éducation populaire et pourquoi pas des actions artistiques? Moi un 15 mars avec une gang qui peint une fresque sur une longueur de rue, pendant que la manif du COBP est ailleurs, que la manif féministe est plus loin, que le rassemblement familial est là-bas et la vigile en souvenir des disparu-e-s s’installe ici, je trouverais ça pas mal génial.

Le choix d’une manif féministe mixte, née d’une volonté d’un « safer space » sans agresseur-e-s et d’une ambiance familiale me semble très intéressante. Les discussions sur les agressions dans les cercles militants prennent, heureusement, de plus en plus de place et il me semble sain de commencer à ouvrir ce genre d’espaces dans nos manifs et de l’écrire clairement dans l’invitation. La volonté d’en faire un événement familial me semble aussi intéressante et nécessaire. Je pense que c’est important que tout le monde puisse se réapproprier cette date et une ouverture envers les familles me semble être essentielle à cette inclusivité féministe. Aussi, les femmes subissent une brutalité spécifique quand elles subissent de la brutalité policière et attirer l’attention là-dessus me semble essentiel :

La police est une profession marquée par une forte misogynie, et par un fort machisme ; les policiers sont en général sexistes à l’endroit de leurs collègues féminins, ou des femmes en général. Les policiers peuvent aussi être violents contre les femmes. En fait, leur formation et les outils dont ils disposent (ressources d’identification, armes, etc.) les transforment en redoutables prédateurs. (Francis Dupuis-Déri, La violence des policiers contre des femmes, pour le COBP)

Justement, je viens de relire le petit document du COBP appelé La violence des policiers contre des femmes qui est toujours d’actualité et que je vous conseille vivement de lire, de relire et de diffuser :

Cette recherche a pour objectif de documenter et d’analyser quelques formes de violences policières contre des femmes, principalement au Québec, et de déconstruire le mythe qui présente les policiers comme de généreux protecteurs de la veuve et de l’orphelin. Nous avons documenté des cas de violence de policiers contre des policières, considérant que les services de police sont empreints d’une ambiance fortement machiste et misogyne; des cas de négligence lors d’interventions en matière de violence conjugale ; des cas de violence de policiers contre des femmes qu’ils ne connaissaient pas; des cas de violence de policiers contre leur conjointe et ex-conjointe ; des cas de violence policière contre des militantes de gauche et d’extrême gauche.

En fait, je ne vois qu’un seul problème à la multiplication des actions pour le 15 mars : pour certaines personnes ça va être plus dur de décider quoi faire… Je pense qu’on peut vivre avec ça comme inconvénient 😉

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Lorsque poser des questions devient un crime de la pensée

by on Jan.19, 2015, under Général

Les attentats commis en France dernièrement doivent être remis dans leur contexte plus large, soit leur contexte historique et politique. Autrement, on tombe vite dans le discours officiel simpliste qui voudrait que des «fous de Dieu» aient attaqué la République et notre liberté d’expression. Un peu comme dans Star Wars, une telle analyse place l’Occident du côté des gentils et les groupes terroristes combattant au nom de l’Islam du côté des méchants. Un peu comme le fait Marc-Andé Cyr[1] dans un article paru dans le Voir il y a quelques temps, j’aimerais ici revenir sur le rôle de l’Occident quant à la montée de ces groupes terroristes que nos dirigeants sont supposés combattre aujourd’hui. J’admets cependant aller un peu plus loin que ce dernier vers la fin de mon billet. En effet, je me réserve le droit de remettre en question la version officielle des évènements tels qu’ils nous ont été rapportés par les médias de masse, qui eux ne font que reprendre les informations fournies par les autorités en place. Alors que ce droit de soulever des questions est menacé en ce moment, il est impératif que ceux et celles qui ont des doutes par rapport à ce qui nous est dit puissent s’exprimer librement.

Tout d’abord, selon les propres dires d’Hilary Clinton, les États-Unis sont responsables de la création d’Al-Qaïda : http://youtu.be/Dqn0bm4E9yw.
Officiellement, le but était donc de repousser l’U.R.S.S. d’Afghanistan, mais un des principaux adjoints du Président Carter nous apprend au cours d’une entrevue que l’appui des États-Unis aux moudjahidines précède l’invasion de l’Afghanistan, invasion qui était donc désirée pour des motifs stratégiques [2]. Brzezinski y est très clair et considère que la chute de l’U.R.S.S. et la fin de la guerre froide étaient des objectifs plus importants aux yeux de l’Histoire que la montée en puissance de «quelques terroristes musulmans». Ces derniers devaient nous hanter le 11 septembre 2001, qui marque le début de la guerre contre le terrorisme, une guerre qui semble sans fin et qui ne semble pas déplaire à l’élite. Les États-Unis devaient par la suite envahir l’Afghanistan pour renverser les dirigeants qu’ils avaient contribué à amener au pouvoir puis deux années après venait le tour de l’Irak, bien qu’aucun lien avec le 11 septembre n’ait jamais été démontré. On n’y trouvera jamais non plus ces fameuses armes de destruction massive, principal prétexte mis de l’avant pour bombarder et envahir l’Irak en 2003.

Les choses ne s’améliorent pas lorsque l’on regarde du côté d’ISIS et de ses origines. De l’aveu même d’un ex haut gradé de l’armée américaine, l’Occident a contribué à la fondation d’ISIS en fournissant des armes à certains «rebelles» en Lybie pour renverser Kadhafi et en Syrie dans le but de combattre Assad : https://www.youtube.com/watch?v=Z_zf7GPQqxU. Encore une fois, on défend l’indéfendable sous prétexte que la fin justifie les moyens. Il n’est pas clair non plus que l’Occident ne supplémente plus ISIS en armes, si l’on se fie à certaines vidéos qui nous ont été rapportés : https://www.youtube.com/watch?v=gJlF7usHNss. La majorité n’y verra que de l’incompétence, mais plus on se demande à qui profite le terrorisme, plus il nous est permis d’en douter.

En effet, le délire sécuritaire qui suit les attentats[3] était prévisible et on peut penser qu’il était désiré depuis longtemps par l’élite. Maintenant que la France a subi des attaques sur son territoire, qui osera remettre en question le projet de loi antiterroriste adopté cet été par la France[4] ? Une chasse aux sorcières est lancée et toute personne qui ne se reconnaît pas dans ce nous que nos dirigeants veulent nous imposer est susceptible d’être traquée : https://www.youtube.com/watch?v=qc03SlaK_KA. On nous dit que la gauche doit accepter la militarisation de la police et ce n’est pas différent de ce côté ci de l’Atlantique : https://www.youtube.com/watch?v=nwbB–Uiw3Q .

Ce qui est plus difficile encore pour la population, en dehors de situer les évènements dans leur contexte plus large et avec plus de recul, c’est de remettre en question la version officielle des attentats, version fournie par les autorités en place et relayée par les médias de masse sans filtre critique. Si j’ai utilisé des sources officielles dans mon billet, ce n’est pas parce qu’on doit toujours s’y fier, mais bien parce que les gens accordent encore aujourd’hui plus de poids aux autorités «compétentes». Bien sûr, il arrive à celles-ci d’admettre certains faits où elles paraissent mal, mais c’est souvent des années après les évènements où celles-ci nous fourniront des informations qu’elles contestaient encore la veille. Sur le coup, elles nieront en bloc les informations provenant des médias alternatifs et de sources jugées moins crédibles et le public sera passé à autre chose quand il sera devenu inutile de cacher la vérité plus longtemps.

Revenons maintenant sur les évènements des dernières semaines. Ainsi donc, on nous rapporte que les terroristes auraient laissé derrière eux une carte d’identité, bien que tout le reste de l’opération ait été exécutée de manière très professionnelle :https://www.youtube.com/watch?v=dTRaRdtS0Wo. Ce n’est pas sans rappeler les passeports qui avaient été retrouvés à la suite des attentats du 11 septembre 2001, ceux-ci semblant encore plus résistants que les boîtes noires des appareils. Dans les deux cas, les «preuves» nous ont été présentées, alors que l’émotion et le choc ne s’était pas dissipée parmi la population. Celle-ci ne s’est pas arrêtée sur les détails de la trame narrative des évènements et ne semblait pas en mesure de relever les éléments plus suspects qui nous ont été présentés comme étant des faits avérés.

De plus, les médias de masse se sont peu arrêtés sur le cas d’un des suspects qui s’est remis lui-même à la police après avoir vu circuler son nom à la télé, disant avoir des alibis en béton. Celui-ci sera relâché peu de temps après, son innocence ne faisant plus aucun doute [5].Si une erreur de la sorte a pu être commise en ce qui concerne ce suspect, la République a-t-elle véritablement abattu les bons hommes? Il n’y aura pas de procès, donc ces derniers ne pourront ni se défendre, ni nous livrer leur version des faits. La population voulait des noms et des coupables. Les autorités leur en ont fourni en peu de temps, la question de leur innocence possible étant reléguée aux oubliettes.

Autre fait troublant peu mentionné par les médias, un enquêteur qui était penché sur cette affaire s’est suicidé lors de la rédaction de son rapport[6]. Celui-ci pourrait bien être tombé sur des éléments incriminant des gens qui préfèrent rester dans l’ombre. Tout ce qui ne s’emboîte pas parfaitement dans la trame narrative officielle est laissé de côté et seul-e-s des débiles oseront évoquer ce qui n’est pas largement diffusé par les médias de masse. C’est du moins la perception la plus répandue parmi le public. Le public ignore à quel point l’Occident est lui-même mêlé au financement et à l’armement de groupes terroristes et je pense que ce rôle ne s’arrête pas là. Les hommes qui sont désormais morts n’ont pas forcément agi seuls. Qui nous dit que les services secrets ne sont pas aussi dans le coup, les trois hommes abattus n’étant destinés qu’à prendre le blâme en lieu et place des autres coupables? L’hypothèse que ces derniers n’ont rien ou peu à voir avec les évènements tragiques qu’a connus la France ne peut être rejetée pour le moment. Pas si nous tenons à y voir plus clair dans ce qui s’est passé. Puis même s’il devait s’avérer exact que ceux-ci s’identifiaient à des groupes terroristes, cela ne veut pas dire qu’ils ont fait le coup de A à Z comme le laisse entendre la version rapportée par les médias de masse.

Et si la gauche se contente de retourner dans le passé des deux suspects pour pointer du doigt l’exclusion et la pauvreté pour expliquer ce qui a poussé ces trois hommes à agir, elle les condamne tout de même du même coup. Elle accepte également la version officielle des évènements, ne faisant que remplacer l’image des «fous de Dieu» par celle d’exclus de la société. Il est évident que nous devons lutter contre la pauvreté et l’exclusion, mais rien nous dit que cette histoire ne se résume qu’à cela. S’il est encore trop tôt pour blâmer les services secrets français d’être mêlés à tout ça, pourquoi ne serait-il pas aussi trop tôt pour condamner les frères Kouachi et Coulibaly?

Une chose est sûre à mon sens, ce ne sont certainement pas les musulmans et musulmanes qui bénéficieront de ces attaques, mais bien nos dirigeant-e-s, si prompt-e-s ici à se porter au secours de la liberté d’expression, eux et elles qui sont généralement silencieux et silencieuses en ce qui concerne nos droits à longueur d’année.

Je sympathise bien sûr avec les victimes de l’attentat, mais l’émotion ne devrait pas nous empêcher de réfléchir.
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1 http://voir.ca/marc-andre-cyr/?p=433&preview=true&preview_id=433
2 http://www.liveleak.com/view?i=a13_1240427874
3 http://www.reuters.com/article/2015/01/12/us-france-shooting-idUSKBN0KK05S20150112
4 http://www.hrw.org/fr/news/2014/10/10/france-le-projet-de-loi-antiterroriste-constitue-une-menace-pour-les-droits-humains
5 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1304429-hamyd-mourad-associe-a-la-tuerie-de-charlie-hebdo-le-fail-d-une-presse-irresponsable.html
6 http://21stcenturywire.com/2015/01/10/new-twist-charlie-hebdo-lead-investigator-turns-up-dead-suicided/.

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L’itinérance n’est qu’un des nombreux symptômes d’une maladie pernicieuse

by on Déc.14, 2014, under Général

La lutte contre l’itinérance n’est pas la cause la plus sexy à défendre et peu de militantEs y consacrent leur temps. Il me semble que c’est un sujet peu abordé dans le milieu anarchiste, plus enclin à se pencher sur les luttes syndicales et les conflits de travail. Il existe différents comités de logement à travers la ville de Montréal, mais la question de l’itinérance n’est pas forcément abordée de front. Le Québec est désormais doté d’une politique nationale en itinérance depuis le début de l’année 2014 et on peut remercier les groupes communautaires de s’être mobilisés autour de cette question pendant des années. Cela dit, ça ne veut pas dire qu’il y aura assez de sous et de ressources pour contrer la montée de l’itinérance en milieu urbain, surtout en période d’austérité. Avec les récentes mesures annoncées par le gouvernement du Québec, on peut craindre le pire quant à cette problématique, comme pour bien d’autres. Par exemple, certaines jeunes femmes pourraient être tentées de se tourner davantage vers la prostitution, alors que d’autres individus iront vers le vol à l’étalage, si ce n’est pas le vol à main armée ou l’invasion de domiciles. Un contexte économique difficile engendre forcément un contexte social difficile.

L’itinérance n’est que le symptôme d’un système qui est profondément malade et non pas la maladie en soi. Des logements aux coûts qui grimpent sans cesse, un marché du travail de plus en plus difficile et les salaires qui ne suivent pas l’inflation, tout ça fait en sorte qu’on se retrouve avec plus d’itinérantEs. Dans un contexte d’austérité où l’on coupe un peu partout dans les services offerts à la population, je vois mal comment le gouvernement pourrait lutter efficacement pour contrer l’itinérance, politique nationale ou pas. Clairement, cet enjeu ne fait pas partie des priorités du gouvernement actuel, ni des précédents.

L’État-providence ne fut qu’un mirage qui a endormi les syndicats et le reste de la société civile. Les acquis d’hier sont réduits en miettes aujourd’hui et le capitalisme «à visage humain» cède sa place au capitalisme sauvage. On doit s’attendre à une montée du chômage, à une nouvelle récession et malheureusement, à plus d’itinérantEs dans nos rues. L’arrivée de l’hiver sera très dure pour plusieurs Québécois et Québécoises puis comme le capitalisme est un système international, le même fléau fera des ravages dans plusieurs villes du monde.

Peu importe la cause qui nous tient à cœur, on doit regarder l’ensemble du portrait pour comprendre comment trouver une solution à notre problème. L’itinérance ne fait pas exception à cette vision des choses. Il est difficile voire impossible à mon sens de combattre l’itinérance sans combattre le capitalisme. Nos politiciens et politiciennes font semblant de se préoccuper de la question de l’itinérance (Denis Coderre est allé faire son tour à la Nuit des sans-abri il y a quelques semaines), mais qu’en est-il réellement? Tout ça me semble n’être que de la poudre aux yeux et je vois très mal comment on pourrait changer les choses de l’intérieur. Voilà aussi pourquoi je suis anarchiste. Une véritable démocratie ne laisserait pas ses citoyens et citoyennes crever dans les rues. Une véritable démocratie veillerait à la redistribution de la richesse parmi la population et voilà pourquoi ceux et celles qui nous dirigent ne sont pas de réels démocrates. Leurs paroles ne sont que du vent, les gestes ne viendront jamais avec eux. Ils et elles travaillent pour leurs maîtres pendant que la population cautionne le tout dans l’isoloir. Remarquez cependant que les gens se déplacent de moins en moins le jour de la mascarade et que le vent est peut-être en train de tourner.

J’applaudis le travail acharné des groupes communautaires, mais si nous voulons régler le problème de l’itinérance, nous avons besoin de rien de moins qu’une révolution. Autrement, on n’avancera pas et on ne fera qu’apposer un diachylon sur une plaie béante, un peu comme le problème de la prostitution, qu’on ne peut régler à coups de lois au sein du système capitaliste.

Je suggère donc ici à la population de changer de remède.

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À propos de la violence II – machisme et communications

by on Nov.20, 2014, under Général

Ceci est la suite et la conclusion de « Cher Charles et « violence » politique ».

 

Des trucs pacifiques qui nuisent

En 2012, des gens de l’Université de Montréal et d’ailleurs ont tenté de défoncer la porte des bureaux du Recteur avec une banquette de bois. Après l’échec du projet et l’arrivée massive de flics, les manifestant-e-s se sont dirigé-e-s vers le plan B des trois ou quatre meneurs (tous des hommes, mais est-ce vraiment nécessaire de le mentionner): le bureau du député d’Outremont. Problème: le premier étage était occupé par une clinique de maternité et de pédiatrie. Quand j’ai dit à un des meneurs, un militant connu, qu’on devrait vérifier l’horaire de la clinique et revenir un jour de fermeture, afin de perturber seulement le bureau du député, il m’a répondu: « on fait pas d’omelettes sans casser d’oeufs » et a continué de mener une manif obéissante dans son piège. Ce blocage se voulait pacifique, (bien plus pacifique d’ailleurs que du défonçage de porte), mais il a provoqué des conséquences bien plus graves que la fois où Charles (le personnage de la BD de Nico Las) a joué au Toréador avec le manteau d’un flic. Pensez aussi aux manifestations « pacifiques » des militant-e-s antiavortement devant les cliniques aux USA, ou aux actions tout aussi pacifiques des infâmes homophobes de la Westboro Baptist Church.

Ce ne sont que quelques exemples pour illustrer mon point: toutes les actions politiques non-violentes – et c’est-à-dire, et comprenons-nous bien, répondant aux normes de contestation établies par les principales élites militantes – ne s’équivalent pas. Certaines sont extraordinairement chouettes, même quand elles ne débouchent pas sur des actes illégaux! D’autres sont idiotes et nuisibles. Il en va de même pour les actions qui sont perçues comme violentes. Tout condamner d’un bloc, c’est ridicule, dans un cas comme dans l’autre.

 

La prison et le machisme

Dans tout ce débat, il y a une composante assez souvent mise de côté: comme le disait Pwll dans un autre billet, la glorification des actions dites violentes sont souvent l’occasion pour certain-e-s acteurs/trices de tenir un discours machiste. Dans la BD Cher Charles, si plusieurs planches me mettent vraiment très mal à l’aise à cause de leur sexisme ordinaire, il n’y a cependant pas de posture ouvertement machiste à ce sujet: il se trouve simplement qu’on se concentre sur les actions de Charles, et Charles est un homme cisgenre. Cela dit, en mettant toute notre attention sur lui, sur ses gestes, on le dresse comme modèle par excellence des Black Blocs, alors qu’il ne doit rester qu’une expérience d’individu parmi tant d’autres. Le problème sur ce point précis réside surtout dans l’inexistence d’un contre-discours. Par ailleurs, à la soirée de lancement, on vendait des t-shirts sur lesquels on pouvait lire: « Tamagotchi political prisoner boyfriend. Everyone got one in Canada! » Intéressante caricature qui permet de comprendre que le combat contre l’institution carcérale concerne aussi les proches (un propos bien rendu par le film court de Youri, Des profondeurs j’ai crié), mais le pendant féminin ou neutre n’existait tout simplement pas. En bref: peu importe la bonne volonté de l’auteur et des artistes qui ont participé au lancement de la BD, Cher Charles vient renforcer l’image masculine du vandalisme politique.

Et pourtant, des femmes en prison ou en procès parce qu’elles ont cassé, volé, défendu, attaqué ou organisé, ce n’est pas ce qui manque. Je pourrais en nommer plusieurs, parmi mes amies, qui sont confrontées au Léviathan de la justice criminelle. Mais je ne vais pas le faire. Je vais nommer deux femmes que je ne connais pas personnellement: Amélie et Fallon, deux insurgées enfermées au Mexique pour avoir commis des actes « terroristes ». On pourrait aussi parler des femmes (3 accusé-e-s sur 4) qui ont porté le blâme dans l’histoire des fumigènes du métro de Montréal[1].

Et voici une anecdote assez intéressante qui n’a, à ma connaissance, jamais été relevée par le passé. Dans les jours suivant la manifestation de Victoriaville, en 2012, une ligne ouverte de Radio-Canada avait donné la parole, en direct, à une femme assez âgée et très articulée qui avait assisté à l’évènement. Voici à peu près ce qui s’est dit:

PERSONNE: La police est devenue très violente. Et là, tout le monde s’est mis à tirer des roches et il y avait beaucoup de gaz lacrymogène.
ANIMATEUR: Et vous, madame, vous avez quand même pas tiré de roches?!
PERSONNE: Non. J’ai regardé par terre et je n’en ai pas trouvé à proximité.

Devant la légion d’exemples, ce n’est pas la violence qui doit disparaître du discours, mais le portrait jeune et masculin des représentations, la tendance viriliste de la glorification du héros, le romantisme vieillot du martyr pour la cause. Là-dessus, je rejoins parfaitement Pwll (et son article très pertinent, allez le lire), avec qui j’aurais sur le sujet un débat sans doute plus sémantique qu’idéologique.

 

stratégies de communication – de l’efficacité

Un des arguments les plus couramment utilisés par la gauche modérée et opposée à toute résistance violente concerne l’opinion publique. Une opinion publique qui n’existe pas, selon plusieurs activistes de gauche (dont Bourdieu: sa position a été largement reprise pendant la grève étudiante de 2012) – quand celle-ci n’est pas de leur côté bien sûr, parce que quand elle appuie leurs idées, illes s’empressent de dire que « la population est avec nous ». Si donc on se trouve à organiser des manifestations violentes – ce n’est qu’un exemple, hein, pas une incitation – la population aura tendance à la condamner, parce qu’elle est contre la violence. Notons tout de suite que l’opinion publique ne constitue pas selon moi tant une illusion que le Peuple lui-même, une illusion sur laquelle la démocratie base sa légitimité, de la même manière qu’autrefois les monarques basaient leur légitimité en Dieu. P’tite nouvelle: ni l’un ni l’autre n’existent. Mais passons.

Il faut arrêter de toujours se demander si une action sera défendue par un grand nombre. Il faut se demander si elle est défendable. Si elle est nécessaire. Si elle répond correctement à la violence qu’on nous inflige. Le pouvoir a cet avantage sur nous: non seulement il parvient à défendre n’importe quel meurtre, n’importe quel pillage, mais en plus, il parvient à nous les faire désirer.

Pourquoi n’y arriverions-nous pas? Si la population décidait de déplorer le sabotage d’une pelle mécanique avant que celle-ci, par exemple, ne commence à préparer le terrain au creusage d’un puits de gaz de schiste, il faudrait non pas essayer de trouver un mode d’action plus fade et consensuel à opposer à la force brute du lobby énergétique, mais chercher plutôt à défendre l’acte de sabotage de manière plus efficace.

Par ailleurs, il ne faut pas s’attendre à une couverture positive de nos actions. Dans aucune situation, les médias corporatifs n’appuieront massivement une lutte qui mettrait en danger le système qui les nourrit. Allant plus loin que les reporters insipides au discours formaté, les leaders d’opinion prônant naturellement la violence envers les manifestant-e-s ne seront jamais non plus assouvis. Devant nos actions diverses, seule leur stratégie de communication se transforme: leur humeur reste sensiblement la même. Il est vrai que de l’acharnement médiatique a souvent lieu après une manifestation plus radicale. Mais juste avant la manif (très pacifique) du 31 octobre dernier, voici ce qu’une animatrice de radio a dit à Yves Francoeur pour le convaincre de réprimer la foule: « Un groupe d’étudiants qui va paralyser le centre-ville de Montréal. Des gens qui auront pas accès à des soins de santé demain, parce qu’il va y avoir 70 000 personnes dans la rue. » Notez que cette fois-ci, aucune clinique médicale n’a été directement et consciemment bloquée, à ma connaissance, par les manifestant-e-s. Et pourtant, les gens sont toujours supposément mis en danger de mort. Par une manif PACIFIQUE.

De fait, la propagande réactionnaire est tellement efficace qu’elle donne l’illusion de bénéficier de chacune de nos actions, quel que soit leur degré de radicalité. Charest s’est amplement servi de la crise de 2012 pour mousser sa campagne, à un tel point qu’on croirait que c’en est l’ingénieur suprême. Mais détrompez-vous. Il n’en était que le parasite. Les politicien-ne-s n’ont ni l’envergure ni l’intelligence d’organiser d’aussi vastes complots, et encore moins de les contrôler. Cela dit, leurs relationnistes sont juste assez intelligent-e-s pour trouver une attitude à adopter dans toutes les situations.

Nous pourrons subséquemment débattre de stratégies à adopter nous-mêmes pour mieux faire face à l’industrie des communications, puisque c’est ça le véritable nœud du problème. Il y a plusieurs pistes. Ce sera pour une autre fois.

 

S’en sortir libre et en vie, c’est plus important que tout

Je ne le spécifie pas inutilement. Aux actions de sabotage, de vandalisme, d’affichage sauvage, de piratage informatique, à la confrontation émeutière, bref tout ce qui peut être considéré comme des actions violentes, on oppose souvent des blocages et des occupations pacifiques, voire des actions symboliques. Je ne suis pas contre, mais dans certaines situations, celles-ci se révèlent être d’une grande dangerosité. Et je tiens ici à être clair. Je sais que Rémi Fraisse n’est pas mort au milieu d’une chaîne humaine en chantant coumbaya. Idem pour les milliers de manifestant-e-s égyptien-ne-s, tunisien-ne-s du Printemps arabe, les militant-e-s kurdes, etc.

Mais la plupart des matraques que j’ai vu s’abattre sur la tête de mes ami-e-s, au cours de la dernière décennie, c’était pendant des manifs pacifiques. Le seul poivre de Cayenne que j’ai reçu dans les yeux jusqu’à aujourd’hui a été le résultat de résistances passives. Ma seule arrestation et mon seul véritable passage à tabac (menotté) par les flics se sont déroulés alors que je n’avais opposé aucune résistance ni tenté de fuir. L’opinion publique ne fut pas là pour me protéger, ni moi ni aucun-e de mes potes. Au contraire, elle a fait comme elle sait si bien faire: conspuer les victimes, encenser les bourreaux, protéger le système. Plus largement, précisons que plusieurs « ringleaders » du G20 ont fait plus d’un an de prison. Parmi les accusé-es: du monde qui n’ont même pas mis un pied dans une manif à Toronto.

Alors voilà ce que je dis: ce système ne récompensera pas votre pacifisme. Les conséquences ne sont pas toujours équivalentes aux actes: tout dépend du contexte, de vos avocat-e-s, des juges, des flics, etc. Posez des gestes intelligents et ne prenez pas de décisions trop spontanées. Si vous voulez faire une action directe, préparez-vous méticuleusement, ne laissez pas de traces! Si vous pensez que votre action est vouée à l’échec, ne prenez pas ce risque! Et surtout, surtout, restez en vie, et ne vous faites pas prendre.

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[1] Et selon les normes sociales actuelles, il s’agit bien ici d’actions violentes.

 

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Désarmer avec un sourire

by on Nov.10, 2014, under Général

Il y a quelques temps que j’ai ce texte en tête et d’une certaine manière, il fait un peu écho à celui qu’a écrit pwll il y a quelques semaines. Cela dit, il est beaucoup plus introspectif et se veut une réflexion tout à fait personnelle par rapport à la violence et au politique. Plus précisément, je souhaite revenir sur une période de ma vie dont je tiens aujourd’hui à me distancer, parce que je ne m’y reconnais plus et que je sais à quel point la vision que j’avais à cette époque peut s’avérer être un désastre pour ceux et celles qui aspirent à une société plus juste. Loin d’être une apologie de la violence et du meurtre, mon texte se veut une invitation à sortir du cercle de la violence, qui dévore autant la personne qui est ciblée par l’acte que la personne qui le commet.

 

Si je suis passé du pseudonyme Bakouchaïev sur mon ancien blog au pseudonyme Bakou sur La tomate noire, c’est bien pour remettre en question ma phase nihiliste, qui heureusement n’a pas donné lieu à des dérapages majeurs. La composition de Bakouchaïev fait référence à Bakounine et à Netchaïev. Si Bakounine s’inscrit dans l’anarchisme du 19e siècle, c’est à la mouvance des nihilistes russes que l’on doit classer Netchaïev. J’ai pensé à une certaine époque que le mouvement anarchiste était trop mou et que la stratégie d’intégrer les mouvements sociaux réformistes dans le but de les radicaliser entraînait tout l’effet contraire escompté par les anarchistes. Loin de radicaliser les groupes réformistes, ce sont les groupes réformistes qui réduisent la portée du message défendue par les anarchistes. À la suite de ce constat, j’ai voulu me démarquer de mes camarades anarchistes en intégrant le nihilisme à mes principes anarchistes, que je voyais comme étant le remède idéal pour préserver mes aspirations du piège réformiste. Si je pense toujours que la stratégie d’intégrer les mouvements réformistes pour les radicaliser est vouée à l’échec, je vois bien aujourd’hui que le nihilisme n’est qu’un piège de plus pour toute personne désirant changer les fondements de notre société, la violence étant le terrain de jeu privilégié de l’État.

 

Avec le recul, disons que j’étais bien plus dépressif que nihiliste à l’époque. Cette condition première m’a mené aux idées politiques défendues par les nihilistes russes. Par la suite, c’est en constatant que la majorité des auteurs des fusillades que nous voyons dans les nouvelles correspondaient au même profil que j’avais à mon époque nihiliste, c’est-à-dire des jeunes hommes au début de la vingtaine vivant toujours chez leurs parents et/ou étant isolés du reste de la société, que je me suis remis de plus en plus en question. Leur violence m’est apparue comme étant tout à fait irrationnelle et contreproductive. Or, j’ai moi-même eu des idées morbides par le passé et je suis bien content d’avoir pu me ressaisir. L’anarchisme et la mise en place d’une société basée sur des rapports égalitaires se veut la fin de toute violence. L’atteinte de cet objectif commence par soi-même.

 

Il n’y a rien de plus frustrant que d’être incompris et isolé, mais le déferlement de la violence ne peut être une solution à nos problèmes. Je pense encore, malgré les embûches que cela comporte, que nous devons briser notre isolement et nous organiser sur une base horizontale afin d’instaurer des rapports révolutionnaires au sein d’une société qui se meurt.

 

Condamner et repousser des gens aux idées noires est peut-être compréhensible, mais c’est en agissant ainsi que notre société créée des monstres. Je condamne toute forme de massacre, mais je peux comprendre la détresse et la perte de contrôle que certains et certaines ont pu ressentir à une période de leur vie. Avant qu’un individu ne dérape, ce n’est pas tant de critique qu’il a besoin, mais de compréhension. Et pourquoi pas, peut-être un peu d’amour ?

 

Comprendre un individu ne revient pas à justifier toutes ses actions ou toutes ses pensées. C’est seulement une manière de se mettre à sa place, de comprendre sa souffrance et dans le cas de mon billet, de lui fournir une alternative au passage à l’acte de ses idées noires. L’écriture et l’art peuvent être des portes de sorties, tout comme l’engagement social dans le but de fonder une société plus juste. Mais si nous continuons collectivement à jeter la pierre à ces laisséEs pour compte sans chercher à comprendre, nous ne règlerons jamais le problème. Il s’agit selon moi d’un problème collectif et celui-ci requière une solution collective.

 

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Assise entre deux chaises

by on Oct.30, 2014, under Général

familia rara

Dernièrement je suis allée voir ma famille en Amérique du Sud. Comme à chaque fois, je me retrouve dans la drôle de position de me sentir complètement chez moi, en même temps que complètement étrangère. Tout à coup les enjeux anticlassistes, antisexistes et antiracistes, je les vois à travers un prisme différent. Et je me surprends moi-même à trouver normales des choses que je trouverais inacceptables dans le Québec où j’habite maintenant. De la même manière, je me surprends à être confortable dans une identité nationale qu’on m’accole. Je me sens bien dans ce groupe identitaire quand pourtant je crache de toutes mes forces sur une identité fermée de Québécoise.

De la même façon, mes non négociables féministes s’assouplissent. Se surveiller quand on est une femme, accepter de faire plus de tâches ménagères que les hommes, voir les petites filles se faire éduquer à être toujours charmantes et toujours prêtes à donner des baisers. On dirait que je pile sur bien des choses parce que tout à coup je les contextualise d’une autre façon. Ça ne m’empêche pas de hurler « une femme qui se fait agresser ce n’est jamais de sa faute!!! », mais ça m’empêche de sortir en camisole seule ou de prendre un taxi seule. De toute façon, je me fais trop gosser. Peut-être aussi que je réagis moins vivement parce que je n’aime pas qu’on m’accole l’étiquette de gringa. Mes réactions féministes s’adaptent-elles ou suis-je juste moins confortable de les étaler?

Une partie de ma famille a migré aux États-Unis. Beaucoup sont entréEs comme sans-papiers, et je sais que je suis vraiment privilégiée de pouvoir entrer et sortir du Canada comme je veux et tout autant de pouvoir entrer et sortir du pays où je suis née. Ça me fait tellement de peine de les voir et de ne pas pouvoir répondre à leur « viens nous visiter plus souvent! » par un « vous aussi vous devriez venir! ». Ce n’est même pas une question d’argent… Juste une question de frontières.

Je haïs les frontières. Elles me font de la peine à moi et aux gens que j’aime.

Il y en a qui sont partis depuis très longtemps. Assez longtemps pour que leurs enfants, qui sont plus jeunes que moi, aient grandi la majorité de leur vie aux États-Unis. Et je trouve fascinant de constater à quel point certaines parties de leur identité sont en tension. Et dans un moment où ceux et celles qui le peuvent se retrouvent ensemble en Amérique du Sud, ces tensions deviennent visibles.

Je m’explique : les adultes ont voulu migrer pour donner une vie meilleure à leurs enfants et plus de possibilités d’avenir. Ce faisant illes essaient de se rapprocher de la vie des gringos. De la richesse de ces derniers et du mode de vie du « premier monde ». Illes sont super fierEs d’habiter dans de beaux quartiers, que leurs enfants aillent dans de bonnes écoles, puissent s’acheter des voitures qui valent cher et paraissent bien avec de beaux vêtements qui valent cher. Je passe pour une bizarre parce que je m’en contre-câlisse de leurs sacoches Louis Vuitton ou de leur pick-up de l’année. Et des fois ça les blesse. Dans ces moments ils mettent ça sur la faute du fait que « je suis une Canadienne gâtée » et là c’est moi qui suis blessée. Ma grand-mère est super fière que ses enfants et ses petits enfants aient « monté dans l’échelle sociale et aient plus d’argent et des professions ». Ce qui me fait vomir de la société de consommation, eux ils le voient comme un signe que leur vie est meilleure. Et qui suis-je moi pour leur dire le contraire? Je ferme ma gueule plus souvent que d’autre chose. Je suis privilégiée. Crissement privilégiée. Je ne me sens pas légitime de leur faire la leçon. Je ne ne sens pas légitime de leur enlever la joie d’inscrire leurs enfants dans des écoles privées ou de déménager dans un quartier bourgeois.

Leurs enfants, mes cousins-cousines, sont vraiment à cheval entre plein de choses. Par exemple, c’est super important pour eux que personne ne les confonde avec des MexicainEs. D’ailleurs illes, et leurs parents, font toutes sortes de commentaires désobligeants sur les MexicainEs : « Illes sont désordonnéEs, leurs maisons sont sales, illes paraissent mal, n’apprennent pas l’anglais… », tout en ajoutant un « je ne suis pas raciste j’ai plein d’amis Mexicains ». Mais en même temps, quand leurs parents ont l’air un peu maladroitEs, qu’illes se plaignent d’inconfort ou qu’illes utilisent leur derniers gadgets technologiques, leurs enfants prennent un ton agacé pour dire « fais pas ton gringo! », quand ceux et celles qui sont restés en Amérique du sud sont pourtant très fiers de pouvoir se payer ces gadgets.

C’est complexe.

Je ne sais pas quoi penser. D’un côté je suis vraiment heureuse de voir ma famille s’ouvrir des possibilités et améliorer leurs conditions matérielles d’existence, mais de l’autre, je suis torturée de voir que ça vient avec ce mode de vie et ces valeurs occidentales contre lesquelles je lutte de toutes mes forces. D’un côté je déteste vraiment avoir à être moins vindicative dans le comment je vis mes valeurs, d’un autre côté, je me sens bien de faire partie d’une communauté où j’ai l’impression d’être encouragée à sortir d’autres aspects de mon caractère…

Pis vous savez quoi?

De l’eau potable courante pis des douches chaudes c’est le fun en criss.

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SyndiquéEs SEUQAM, je vous salue!

by on Oct.12, 2014, under Général

L'UQAM qui fait du déni. Photo de Claire Bouchard

L’UQAM qui fait du déni.
(photo: Claire Bouchard, tirée du site seuqam.org  )

 

Je voudrais saluer les syndiquéEs du Syndicat des employées et employés de l’UQAM (SEUQAM) pour leur journée de grève de jeudi. Ça fait deux ans que vous n’avez plus de convention collective, que vous avez 0 % d’augmentation de salaire. La totale : les cadres se sont donnés une dernière augmentation de salaire de 6 %.

J’ai trouvé votre piquetage et l’énergie que vous y avez mis magnifique! Je suis agréablement surprise de constater à quel point vous êtes mobiliséEs. Même votre exécutif semble un peu surpris.

Pis je trouve ça génial que vous surpreniez votre exécutif.

Votre exécutif je le trouve un peu … euh… meh…

Tout d’abord de rejeter de la solidarité… Je trouve que c’est un drôle de choix de la part de votre exécutif. Les syndiquéEs SÉTUE sont prêtEs à vous aider dans les actions que vous décidez, de la manière dont vous le décidez. Des associations étudiantes ont voté, en assemblé générale, des mandats d’appui à votre lutte. Un appui ça veut dire respecter et suivre la manière dont le syndicat en lutte (c’est vous ça) décide de mener sa lutte. Quand votre exécutif rejette tout ça du revers de la main je m’interroge sur comment il voit la défense de vos intérêts en rejetant les appuis internes. Par contre, à voir la bonne humeur avec laquelle des syndiquéEs SEUQAM se sont joint à des étudiantEs qui ont voulu passer dans les cours au moment de votre piquetage, je me dis que ce n’est peut-être pas vous, en assemblée générale, qui avez décidé de tasser ces appuis (très pratiques en plus, nous on sait il y a combien de portes à bloquer 😛 ), c’est peut-être votre exécutif qui prend des aises. Je n’en sais rien.

Ensuite, que votre exécutif tente de vous faire peur avec des injonctions pour ne pas faire de piquetage dur, je trouve ça moche. La centrale syndicale à laquelle vous être affiliéEs a énormément d’argent (en plus de ce que vous lui donnez), et sert à s’occuper de ce genre de questions. Je comprends l’argument de la hausse graduelle des moyens de pression, mais ce n’est pas le même argument que « Oh non ! Si on fait un piquetage dur l’UQAM va nous faire mettre une injonction et on n’a pas les moyens de la payer ! ». Mener une lutte dans laquelle tous les membres sont inclusES serait de vous présenter les risques exacts, les solutions à ces risques et de vous demander quel genre d’action vous avez envie de faire une fois que vous avez pensé aux risques. Mener une lutte dans laquelle tous les membres sont inclusES serait de planifier votre plan d’action avec vous, ou par un comité que vous pourrez choisir, pas en cachette en vous avertissant par courriel deux jours avant. Quand votre exécutif s’improvise « professionnels des moyens de pressions » avec la bénédiction de votre centrale, vous êtes dépossédéEs de vos propres modes d’actions. Mais vous êtes peut-être à l’aise avec ça. Qu’est-ce-que j’en sais ?

Finalement, dans la même veine, que votre comité de négociation signe une entente de confidentialité avec l’employeur, ce qui vous empêche de savoir quoi que ce soit sur vos propres négos, je trouve ça très très moche…

Mais je sais bien que ce n’est pas propre au SEUQAM, ces exemples sont très ordinaires dans le monde syndical québécois. Dans une logique d’être les interlocuteurs privilégiés de l’État, la majorité des syndicats québécois se retrouve prise entre un État pro-patronat, un droit du travail abrutissant et un enlisement dans des pratiques corporatistes douteuses. C’est pourquoi je m’émeus quand je vois des syndiquéEs motivéEs et en colère. C’est pourquoi je vous ai trouvé belles et beaux. Parce que vous avez raison d’être en colère et que vous avez toute la légitimité pour l’exprimer.

… Et bon, c’est mon petit côté uqamien, mais j’ai un faible pour les blocages 🙂

Évidement, la journée de  jeudi a aussi apporté son lot de laideur :
Heille le dude avec de l’eau en push push qui en pitchait sur les gens qui passaient dans les cours : stu fais avec un push push d’eau à l’école ?! C’est pour tes cheveux ? Faire peur aux chats ?
Heille le dude en gestion – leader de demain – qui s’est servi de violence physique pour démontrer son profond attachement à son cours : c’est une voie de fait ça.
Heille la prof qui a passé la ligne de piquetage avec une excuse cheap en bouche quand elle est passée devant une gréviste qui travaille dans son propre département : c’est cheap, dégueulasse et ça manque complètement de classe. Après ça tu vas la regarder dans les yeux dans le département ? (Et lol si je te vois parader dans le futur avec un foulard orange SPUQ)
Heille le douchebag qui s’est senti investi de la mission de dire de manière très agressive vendredi, à des gens qui travaillaient, qu’il leur « venait dans la face » pour leur grève de jeudi : t’est crrrrrrrissment laitte !!!

Une chance que j’ai pu t’engueuler en pleine face.

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